Notre confrère Dr Jean-Luc SALADIN nous a interpelé sur l’intérêt de la Vitamine D dans la prise en charge de la Covid. Nous vous proposons la lecture de son article documenté.

Ce sujet a, par ailleurs,  trouvé écho auprès des professionnels de santé de Sextant 76  qui vous proposent une fiche pratique à destination de la population  A télécharger ici         

La vitamine D pour limiter les effets du coronavirus

Un taux suffisant de vitamine D dans le sang est nécessaire pour que le corps puisse se défendre contre les bactéries et les virus, dont le coronavirus.

Entre autres explications, la vitamine D en quantité suffisante est nécessaire à la production de cathélicidine par les macrophages et les polynucléaires, ce sont les cellules qui attaquent les bactéries et les virus. La cathélicidine est un antibiotique naturel à large spectre qui neutralise les bactéries et les virus. Par ailleurs en cas d’infection la vitamine D concourt à diminuer le risque d’orage cytokinique. Pour faire simple un bon taux de vitamine D diminue le risque d’attraper le Sars-Cov-2, et si on est atteint cela diminue le risque de forme grave.

Au point de vue de la santé publique la vitamine D pourrait donc contribuer à diminuer le R c’est à dire le nombre moyen de personnes  qu’un malade peut contaminer. Quand il passe en dessous de 1 l’épidémie s’éteint.

80 % de la population a un déficit en vitamine D, c’est à dire moins de 30 ng/ml dans le sang.

La nourriture n’en apporte que très peu.

L’exposition au soleil est la principale autre source de vitamine D, car les ultraviolets B  transforment la vitamine D inactive en vitamine D active dans la peau.

 20 minutes d’exposition par jour sur les bras et les jambes suffisent.  A condition qu’il n’y ait ni nuage,  ni pollution atmosphérique et pas derrière une vitre,  car le verre bloque les UV B . . Et seulement de mai à septembre. En dehors de ces périodes,  il n’y a plus assez d’ultraviolets B qui arrivent au sol. Des études montrent que les épidémies d’infections hivernales comme la grippe ou les rhumes (qui sont dus à un coronavirus cousin du covid 19), seraient, entre autres causes, dues à une baisse de la vitamine D dans la population. Il n’est pas étonnant que la deuxième vague survienne fin octobre début novembre. La demi-vie de la vitamine D est de 1 mois. La vitamine D de l’été a suffisamment baissé pour que le coronavirus rencontre moins de résistance . Il est frappant de constater que la première vague s’est atténuée au fur et à mesure que nous entrions dans le printemps et l’été.

Notons qu’avec le vieillissement la peau en fabrique de moins en moins. Notons aussi que les gens de couleur en fabriquent moins car les pigments de leur peau font barrage aux ultraviolets B.

Il faudrait donc supplémenter systématiquement les adultes majeurs sans pathologie. Il faut aussi supplémenter les enfants et les adolescents qui ne le sont pas, après avis médical car eux aussi sont très souvent carencés dans nos sociétés et peuvent être porteurs sains. Leurs besoins sont à peu près les mêmes que ceux des adultes.

Pour ce qui est des effets sur les infections, les études montrent qu’il vaut mieux prendre une dose tous les jours que de grosses doses tous les mois ou tous les 3 mois.

On trouve maintenant en pharmacie de la vitamine D en vente libre à dose suffisante pour une administration quotidienne. Il faut compter une dizaine d’euros par mois. Votre pharmacien saura vous conseiller.

Ceux qui doivent voir leur médecin régulièrement devraient lui poser la question d’une supplémentation quotidienne à dose suffisante.

On peut conseiller de prendre entre 1500 et 2000 UI (unité internationale) chaque jour.

Le risque de toxicité est très faible. La dose potentiellement toxique se situe au delà de 6000 UI par jour pendant assez longtemps. Elle se caractérise par une hypercalcémie et se traite assez facilement.

Tout le monde peut demander sans ordonnance un dosage de sa vitamine D, de son calcium sanguin et de son calcium urinaire à un laboratoire de Biologie médicale. En ce cas l’analyse ne sera pas remboursée mais cela permettra de savoir si on a un déficit important ou une élimination excessive de calcium par les urines. Pour la sécurité sociale et pour la HAS ces dosages ne sont pas recommandés chez une personne en bonne santé. Elles considèrent, après avis d’experts, que les risques de l’usage de la vitamine D chez une personne en bonne santé sont tellement faibles que cela ne justifie pas le dosage. On peut donc considérer que le fait de se payer un dosage relève d’une gestion soigneuse de sa santé.  Si on découvre avec ce dosage un déficit important il faut alors demander à son médecin  une dose de charge pour combler ce déficit et continuer à prendre sa dose quotidienne d’entretien. Les dosages coutent : calcium sanguin 1,62 €, vitamine D 9,45 €, frais de dossier 5,94 €, prélèvement 6,08 €. Pour le calcium urinaire il suffit d’amener ses urines des 24 heures précédentes et cela coutera 1,62 € de dosage+ 5,94 € de frais de dossier soit 7,5 6 €.

Deux maladies peuvent donner des surdosages. Le syndrome de Lightwood qui est une maladie génétique très rare de l’enfant  et la sarcoïdose, car les tissus sarcoïdosiques produisent de la vitamine D. En cas d’élimination excessive de calcium par les reins (hypercalciurie) la vitamine D peut concourir à créer des calculs de calcium dans les reins.

Si la majorité de la population, et non la minorité, avait un taux de vitamine D suffisant (compris entre 30 et 60 ng/ml) il est très probable que l’ampleur de la deuxième vague d’épidémie de Covid 19 serait moins importante, que les cas seraient moins graves,  le R pourrait même peut être passer sous la barre du 1. Il est actuellement à 1,1 , cela n’est donc pas un objectif irréaliste.

Une énième étude vient d’être publiée par le Chu d’Angers. Elle a étudié des personnes âgées fragiles de même typologie qui avaient eu le Sars-Cov-2. On  a comparé les 29 personnes qui avaient reçu de la vitamine D régulièrement avant de tomber malades et à qui on a continué d’en donner aux 31 qui n’en avaient pas reçu et à qui on n’en a pas donné. On a compté 2 morts et 3 cas graves dans le groupe vitamine D et 10 morts et 10 cas graves dans le groupe sans vitamine D. https://www.mdpi.com/2072-6643/12/11/3377

De surcroit la vitamine D a beaucoup d’autres effets bénéfiques si on corrige sa carence :

  • Elle prévient l’ostéoporose et donc les fractures osseuse.
  • Elle ralentit la perte de force musculaire et l’apparition des douleurs musculo- squelettiques dues au vieillissement.
  • Elle a un effet bénéfique sur la peau.
  • Elle diminue le risque de cancer.
  • Elle diminue le risque et la sévérité de l’asthme.
  • Elle réduirait  les risques de sclérose en plaque, de maladie de Parkinson, d’accident vasculaire cérébral et de maladie d’Alzheimer.
  • Elle ralentit les altérations des fonctions cognitives dues à l’âge.
  • On pense qu’elle aurait un rôle bénéfique sur les maladies cardio-vasculaires, l’hypertension, le diabète et l’obésité  mais ce n’est pas absolument prouvé pour le moment, on dispose de beaucoup d’études montrant la corrélation mais pas encore d’études nettes montrant le lien de cause à effet.

Cette note s’appuie  en particulier sur le livre « La vitamine D » du Dr Jean-Claude Guilland qui repose sur 847 références bibliographiques.

Dr Jean-Luc SALADIN, médecin généraliste


Liens et références

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