Face aux constats inquiétants soulignés dans la précédente chronique, sur les hôpitaux de France et plus généralement face aux différents enjeux sanitaires qui imposaient de nombreuses réformes, voyons maintenant quelles solutions furent proposées pour améliorer un système de santé français malmené lors de la Révolution et de la période Napoléonienne où il y avait d’autres priorités que la santé du citoyen.

Dans les hôpitaux, pour en améliorer le fonctionnement et lutter contre leur insalubrité, de nombreuses propositions furent avancées.
Dans différents domaines, les nombreux problèmes observés dans les hôpitaux furent pris en compte.

SUR LE PLAN ARCHITECTURAL, FUT AINSI PRÉCONISÉ :
• la construction de pavillons suffisamment distants les uns des autres ; cours et jardins séparant les constructions ; salles de 34 à 36 lits avec châssis de fer ; latrines et lavoirs ; réchauffoir pour les aliments ; salle de bain et pièce pour l’infirmière en charge de la salle.
• isolement des contagieux, des convalescents.
• un chirurgien et des infirmières par pavillon.

Hôpital de l’Île Berne 1884 qui en est l’exemple.

Le complexe, construit dans un style pavillonnaire de onze bâtiments répartis symétriquement sur un axe central et dont chaque bâtiment exerçait une fonction différente, comme des pavillons d’isolement ou d’administration et de communs.

Ces mesures restèrent malheureusement de simples projets, audacieux et prématurés pour les financer.
Ces dispositions, rapidement abandonnées, ne profitèrent pas réellement à la médecine de l’époque ni à la chirurgie, en raison de l’infection hospitalière trop fréquente.
Sous le Directoire (1795-99), on préconisera la séparation des contagieux, des accouchées, des nouveau-nés et des malades mentaux. Paris donnera l’exemple, comme d’autres grandes villes, en instaurant peu à peu des services « spécialisés ».
SAINT-LOUIS devint un centre de traitement des maladies de peau (nov. 1801) – PORT-ROYAL, en 1795, un centre d’obstétrique et de gynécologie – la SALPETRIERE fut destinée aux maladies mentales – en 1802, l’Hôpital des Enfants Malades devenait le premier au monde à leur être destiné.
De leur côté, les hôpitaux militaires assuraient à la fois soins, enseignement et instruction.

Dans ce contexte, les travaux sur l’hygiène s’imposeront grâce à Louis-Bernard GUYTON DE MORVEAU (1737-1816).
Études de droit, révolutionnaire enthousiaste mais surtout passionné par la chimie, avec travaux sur les vertus désinfectantes du chlore (1773), la rédaction d’une Nomenclature chimique (1776 et 1787), travaux sur les produits toxiques des peintures. Professeur de chimie à Polytechnique, puis son directeur (1797).

Considéré comme le grand chimiste de son époque, de renommée internationale, il s’insurgea de l’état critique des hôpitaux et propose de nombreuses solutions :
• nouvelles conceptions architecturales
• aération et ventilation des locaux
• salle spécifique pour les opérations, avec préparation du malade, salle d’intervention et post-opératoire, protégeant le malade des bruits et des miasmes provenant des salles communes
• bain domestique, réglementation de l’installation des latrines isolées et éloignées des salles
• mesures de désinfection avec les moyens de l’époque (chaux, vapeur d’acide muriatique (chlorydryque)).

En effet, un problème majeur sévissait dans les établissements hospitaliers : un redoutable ennemi pour les malades, les médecins et les chirurgiens.
• La FIEVRE HOSPITALIERE, véritable fléau avec ses terribles dégâts.

,Médecins et chirurgiens militaires l’avaient mieux observée que leurs confrères civils et mieux évalué son impact sur l’hygiène des hôpitaux.


Dès 1796, la POURRITURE (fièvre) HOSPITALIERE était attribuée au transport de substances septiques par les instruments souillés, mal nettoyés, et au linge et à la charpie porteurs de « molécules virulentes » (Moreau de Burdin).
À cette époque, Dupuytren refusait d’intervenir lors des périodes d’épidémie ou de fièvre hospitalière constatée. Enfin, Percy était également convaincu et conscient de ce problème de contagion infectieuse. Larrey était plus nuancé après avoir noté le risque variable de contagion selon le stade de l’épidémie de peste lors de la campagne d’Égypte.

Dans ce domaine de la contagion, certains avaient déjà une approche très perspicace sur ce problème de la fièvre hospitalière, qui touchait de façon endémique tous les hôpitaux. Sa première description date de 1783 par Claude Pouteau.
On la redoutait principalement dans les hôpitaux insalubres et également dans les établissements où étaient concentrés de nombreux blessés, soignés de façon douteuse et expéditive.
Après une contamination par l’air, le matériel et les linges, puis une incubation douloureuse de 3 à 8 jours, on décrivait :

2 formes cliniques : 
• ULCEREUSE, pouvant guérir mais s’aggravant également jusqu’à la septicémie en cas de terrain fragilisé ;
• PULPEUSE, fréquente et la plus grave, avec évolution gangréneuse et une mortalité de 18 à 80 %, faute de traitement.

Ainsi, cette « fièvre-pourriture » d’hôpital était la hantise des blessés et des chirurgiens.
À ce stade de l’histoire du progrès médical et de ses péripéties, signalons au chapitre de l’infection nosocomiale et de l’hygiène, la perspicacité de A. F. Ollivier et de A. Moreau de Jonnes.
– A. F. Ollivier, modeste chirurgien de garnison, étudia la contagiosité du pus issu d’une plaie d’un de ses patients qu’il s’inoculera (1810, auto-expérimentation) et rédigea en 1822 un « Traité expérimental sur la pourriture des hôpitaux ».
– Alexandre Moreau de Jonnes (1778-1871). Études de géologie et d’anatomie. Auteur de récits sur la fièvre jaune. Rédacteur d’un Traité d’hygiène militaire et surtout promoteur des premières études statistiques. Traité d’hygiène en 1818 diffusé dans toutes les structures sanitaires. En 1834, promu à la tête de la Statistique générale de la France, il devenait l’initiateur du futur INSEE après avoir étudié la progression du choléra depuis 1821.

Enfin, on prenait en considération les problèmes de l’hygiène et les conséquences de l’insalubrité, et des carences dans ce domaine fréquemment négligé.
Aucun progrès en médecine ou en chirurgie n’était envisageable, malgré le talent de nombreux praticiens, sans une hygiène élémentaire, qu’elle soit hospitalière ou publique.
Comment concevoir en effet que la médecine profite réellement des découvertes pharmacologiques, que les malades bénéficient de la dextérité des chirurgiens comme le furent Desault, Larrey, Percy, traitant avec audace malades et grands blessés, si le principal danger rôdait au sein même des hôpitaux.

Dr M. Lebreton

Bibliographie :
Hygiène et médecine. Maladies nosocomiales, J.-M. Galmiche, éd. Louis Pariente.
Les Hôpitaux en France, Jean Imbert, Presses Universitaires de France.

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