Grâce à l’enseignement clinique au Lit du malade, à la réorganisation en 1794 des Écoles de santé, avec CORVISART en médecine à l’Hôpital de la Charité, et DESAULT à l’Hôtel-Dieu pour la chirurgie, les étudiants se pressaient autour des maîtres de l’époque. Cette méthode d’enseignement allait devenir une tradition profitable à tous, enseignants, étudiants et bien-sûr malades bénéficiant de discussions fructueuses sur leur cas.

Voyons dans cette chronique, quelles ont été les découvertes et les étapes marquantes de cette marche en avant du progrès médical qui constituait l’aspect positif de ce sursaut évoqué précédemment et contrastant avec les problèmes d’hygiène des hôpitaux à cette époque.

À quels fléaux et maladies étaient confrontés les Français au début du 19e siècle et comment les hôpitaux de France pouvaient y faire face ?

Concernant les maladies traitées à l’hôpital, dans cette période où l’espérance de vie moyenne restait inférieure ou égale à 30 ans, ce qui excluait les pathologies de la maturité et du grand âge pour nous actuellement, on recensait les pathologies suivantes :

  • Chez l’adulte :

Maladies respiratoires, phtisie et pneumonie. Maladies éruptives avec principalement la variole quasi endémique (mais régressant après la vaccination Jennerienne, à partir de 1796). Syndromes diarrhéiques (dysenterie, typhoïde). Cardiopathies. Apoplexie. Cancer (utérus au 1er rang). Rhumatismes. Scorbut. Intoxication par le plomb. Épidémies de choléra, de diphtérie. Néphrites. Syphilis. Affections chirurgicales digestives avec complications et la Péritonite Puerpérale.

  • Chez l’enfant :

Méningite. Rougeole et ses complications, redoutables, comme elles le restent actuellement en Afrique. Diphtérie. Coqueluche. Scarlatine. Enfin, des diagnostics atypiques décrits dans certaines classifications comme les « fièvres méningo-gastriques ».

Jiménez Aranda, Luis « A Hospital Ward during the Chief Physician’s Round »

La leçon clinique constituait donc le point fort de ce sursaut de la médecine avec points de vue exposés au lit du malade, discutés et relatés dans les publications des grands cliniciens de l’époque.

À l’heure de la technologie en médecine, que ce soit biotechnologie, imagerie et ses dérivés actuellement utilisés et devenus indispensables pour établir un diagnostic au XXIᵉ siècle, attardons-nous sur quelques recommandations que faisait A. TROUSSEAU (1801-1867) sur la formation et les exigences de l’enseignement médical à son époque. Qu’en est-il actuellement… ?

En médecine, TROUSSEAU, BRETONNEAU, sur les traces de LAENNEC, en observant la spécificité d’une maladie , mais également le Docteur LOUIS. P.C , avec 2000 observations sur la Phtisie et la Typhoïde, en quantifiant la fréquence des symptômes,   J.B. BOUILLAUD pour ses travaux sur les lésions cardiaques du RAA mais aussi les lésions inflammatoires du cerveau, les Fièvres essentielles, l’Aphasie, et d’autres praticiens s’illustraient par leur curiosité scientifique et un travail méthodique, en France et en Europe.

Dans ses leçons à la Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu, remarquables par leur clarté , passionnantes et structurées, TROUSSEAU abordait à son époque plusieurs aspects de la médecine qui devait rester « un Art » . Il décrivait avec précision et rigueur les symptômes majeurs et cardinaux de la toux dans la Coqueluche , ou encore  les symptômes précis d’une Diphtérie ou d’autres pathologies , ne laissant ainsi aucun doute sur le diagnostic.

Il en tirait la conclusion que les maladies ont des Spécificités ; ainsi pour les maladies éruptives cutanées il écrivait:

« Jamais, quoi qu’on fasse, la roséole ne deviendra la rougeole, pas plus que la varicelle une variole, pas plus que le simple catarrhe bronchique ne sera la coqueluche. Ces maladies ont leur caractère spécifique invariable, les distinguant nettement les unes des autres quelle que soit leur gravité… »

Sur l’utilité de l’Enseignement Clinique , il était fidèle à ses convictions sur l’obligation d’enseigner au lit du malade. Tout est dit dans son introduction de la clinique médicale de l’Hôtel-Dieu  :

« Du jour qu’un jeune homme doit être médecin, il doit fréquenter les hôpitaux ; il faut voir, toujours voir des malades. Ces matériaux confus que l’on amasse sans ordre et sans méthode sont pourtant d’excellents matériaux : inutiles aujourd’hui, vous les retrouverez plus tard enfouis dans les trésors de votre mémoire. Arrivé aujourd’hui à la vieillesse, je me rappelle les malades lorsque je faisais les premiers pas dans la carrière… (symptômes, lésions, numéros des lits, noms de malades). »

Plus tard, en décrivant la Phlegmatia Alba Dolens d’un bras, son propre diagnostic sur son cancer gastrique dont il allait mourir en 1867, était l’expression de sa rigueur intellectuelle comme de sa grande force mentale face au mal qui le rongeait.

La chirurgie se distinguait à l’époque de la médecine sur plusieurs points, mais surtout d’avoir été délaissée aux barbiers, ignorés des médecins érudits qui parlaient le latin. Cette indépendance leur permettait de faire avancer cette discipline à l’image de Ambroise Paré, pour innover, sauver des vies quand tenter l’impossible pouvait en épargner une. Les interventions permettaient ainsi de prendre le « risque d’un miracle » et de faire avancer les techniques, l’instrumentation et de codifier peu à peu les indications opératoires.

Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, les chirurgiens certifiés par l’Académie Royale de Chirurgie (1731) faisaient faire d’énormes progrès à cette discipline.

Dans la chronique « Histoire de la médecine : quoi de neuf au XVIIIᵉ siècle ? »   (Stétho Avril 2023), on peut relever les avancées et audaces chirurgicales réalisées à cette époque. Rappelons chronologiquement ces premières chirurgicales réalisées par :

  • J.-L. Petit – H.-F. Le Dran – C. Amyand (appendicectomie, 1735) – Daviel – C.-N. Le Cat – Peyrilhe – P.-J. Desault – P. Duret

Leurs travaux étaient publiés par l’Académie Royale de Chirurgie entre 1743 et 1774, permettant la diffusion de ces innovations spectaculaires à cette époque.

De plus en plus entreprenante, la chirurgie était réalisée dans la douleur jusqu’en 1840, où l’on utilisera l’éther.
Il suffit de lire la romancière Fanny BURNEY, opérée en 1811 d’une tumeur au sein, qui décrit l’intervention d’une vingtaine de minutes pratiquée par J.-D. Larrey, à domicile, assisté d’un confrère et de cinq aides.
Après un cordial (potion cardiostimulante préparée par les apothicaires depuis le XVe siècle, composée d’alcool, d’herbes, d’épices et d’aromates), son intervention fut vécue comme une agonie terrifiante, dans les cris et hurlements, entrecoupés de deux syncopes, avec ablation tumorale jusqu’à la paroi costale…
Elle survivra jusqu’en 1840, à 88 ans.

À l’heure actuelle, où les blocs opératoires sont inondés de lumière, d’appareils de monitoring et autres machineries informatisées, le futur opéré peut se sentir en confiance malgré une peur légitime devant tant d’équipements. Mais imaginons un instant le « bloc opératoire » de la période que cette chronique décrit : intervention sur un champ de bataille pour les chirurgiens militaires, au milieu d’une salle commune parmi d’autres malades ou à domicile, comme pour Lady Burney.

 

Citons quelques premières chirurgicales de cette époque en France ou à l’étranger :

  • 1776 : J.-H. Pillore (1724-1804), pose d’un anus artificiel et 1ʳᵉ tentative d’iléostomie dans un cancer rectal (1798)
  • • 1790 : Thyroïdectomie, J. Hunter
  • • 1791 : DESAULT, hémithyroïdectomie
  • • 1793 : P. DURET, 1ʳᵉ colostomie avec longue survie
  • • 1794 : BACQUA, 2 césariennes chez une même femme
  • • 1802 : Hystérectomie partielle par Osiander (Autriche)
  • • A. DUBOIS, colostomie pour imperforation anale ; 1804 : résection de pseudarthrose
  • • 1805 : mastectomie par S. HANAOKA (Japon) sous analgésie à base de Datura contenant des alcaloïde (atropine, scopolamine)
  • • 1810 : 1ʳᵉ sutures intestinales (Lavieille)

Devant ces prouesses opératoires, liées à la dextérité des chirurgiens intervenant dans le temps le plus court possible, nous restons fascinés, même si le succès n’était pas garanti, loin de là. Ces premières chirurgicales révélaient une volonté de vaincre la fatalité face à autant de pathologies à risque. Elles furent déterminantes pour la chirurgie, malgré l’absence d’asepsie et d’analgésie, encore balbutiantes.

Docteur M. LEBRETON

BIBLIOGRAPHIE :
• Histoire du Diagnostic Médical. R.VILLEY. 
EDITION MASSON
• HYGIÈNE ET MÉDECINE. J.M GALMICHE.Edition L.PARIENTE.
• MASTECTOMIE au JAPON.
PERSÉE.Article 1983.
• Une Mastectomie au 19° Siècle.
site: napoleon-histoire.com  Nov.2018 

image_pdfimage_print