Dès cette époque, comme la dernière chronique l’a évoqué, la Chimie occupe une place privilégiée et devient pour les médecins une alliée prometteuse dans deux des domaines les plus importants : la lutte contre la douleur et contre les infections, si redoutées à cette période.
Au début du 19ème siècle, la Bactériologie n’existait pas encore pour traquer les « Animalcules » ; FRACASTOR utilisait déjà ce terme pour la vérole en 1510 puis pour la tuberculose en 1546, et à son tour A. VON LEEUWENHOEK décrira, en 1683 des « Animalcules » observés sur des fragments de plaque dentaire.
Il faudra attendre 1850 pour identifier le Bacille du Charbon, mis en évidence par P.-F. RAYER (1793-1867) et C.-J. DAVAINE (1812-1882), mais sans pouvoir affirmer la responsabilité du germe chez les animaux et chez l’homme.
Poursuivons l’observation de l’évolution de la Chimie dans l’arsenal des apothicaires pour proposer aux médecins d’autres thérapeutiques que les potions empiriques et/ou dangereuses, comme pouvaient l’être un certain nombre de préparations qui laissaient impuissants face à de nombreuses pathologies et conduisaient le patient vers une issue fatale dans une majorité de cas.
Parallèlement, l’inefficacité de trop nombreux remèdes traditionnels, comme la célèbre, antique et mystérieuse THÉRIAQUE aux nombreux composants (jusqu’à 50, voire plus, dont de l’opium), censés tout guérir, conduira à des mesures de régulation.
Plusieurs dates furent importantes :
• Avril 1777 : déclaration royale réservant l’exercice de la pharmacie aux seuls apothicaires.
• 1778 : la Société Royale de Médecine est reconnue pour attribuer les brevets.
• Loi du 21 germinal (avril) de l’an XI : l’Empire rétablit les règles pour la pharmacie après la liberté totale de l’exercice sous la Révolution où, au nom de la liberté, tout était permis.
• L’Académie de Médecine, créée en 1820, examine les remèdes proposés pour évaluer leur efficacité et leur possible dangerosité.
C’est à François MAGENDIE que l’on doit les premiers concepts de démarche comparative, en utilisant les premiers PLACEBOS (eau colorée et pilule de pain).
Initiateur de la Pharmacologie Moderne, il sera à l’origine de l’École française de Pharmacologie en même temps que les écoles allemandes et anglo-saxonnes.
François MAGENDIE (1783-1855)
Médecin et physiologiste, élève à 16 ans de Cabanis et Fourcroy à l’École de Médecine de Paris. Interne à 19 ans et thésé en 1808. Ami de Laennec.
Concepteur de la médecine expérimentale, maître de Claude Bernard.
Promoteur de la notion de Fonction Physiologique, dont il affirmait qu’elle était la base de la recherche, il étudia la physiologie du système nerveux (les conséquences de la section du nerf trijumeau, la distinction des nerfs moteurs et sensitifs, le liquide céphalo-rachidien). Il étudia de nombreuses fonctions (cardio-vasculaire, le sang, le mécanisme de la déglutition et du vomissement).
Ses travaux se réalisèrent souvent au prix de la vivisection des animaux. Il eut parfois des positions et conceptions paradoxales : contre la notion de contagion dans le choléra, mais par ailleurs favorable à la notion de transmission dans la rage.
Il réalisa des travaux sur la Strychnine, les Alcaloïdes et, en 1817, sur l’Émétine.
En 1822, il utilise la MORPHINE en clinique et étudie l’Anaphylaxie et les carences nutritionnelles.
Revenons à la succession de découvertes en CHIMIE, car cette discipline évoluait rapidement et les savants, depuis Boyle, exploraient dans tous les « coins » toute matière, toutes substances possibles. Ainsi :
• L’OXYGÈNE en 1772 par C. SCHEELE et en 1774 par J. PRIESTLEY, qui avait fait la même découverte mais qui, lui, publia ses résultats.
• Composition de l’AIR par LAVOISIER entre 1772 et 1775, et le rôle de l’OXYGÈNE dans la respiration.
• Concernant le domaine de la douleur, la MORPHINE fut l’objet de différents travaux : depuis 1804 avec A. SÉGUIN, B. COURTOIS et J.-F. DEROSNE, et en Allemagne F.-W. SERTÜRNER en 1805, dont la paternité de la découverte fut confirmée en 1831 par l’Institut de France. La morphine, analgésique de référence, avec un de ses principaux dérivés, l’héroïne, fut proposée en clinique par GAY-LUSSAC en 1817.
MAGENDIE la proposa également en 1818 et elle fut prescrite dans les hôpitaux de Paris en 1819. Le médicament sera étudié en 1828 sur une série de 700 malades.
Mais les recherches ne faisaient que débuter dans ce vaste domaine de la lutte contre la DOULEUR.
Nous verrons avec les substances anti-infectieuses que l’arsenal thérapeutique allait s’enrichir peu à peu en médecine.
Au début du XIXᵉ siècle, les médecins montraient quelques difficultés à reconnaître l’importance de ce qu’ils appelaient encore les sciences accessoires, comme la physique et surtout la Chimie, sans laquelle la médecine ne pouvait progresser pour mieux soulager et offrir les premiers espoirs de guérison.
En pathologie infectieuse, nous verrons qu’à l’aube des premières épidémies de choléra (1832), les conceptions restaient archaïques et sujettes à débat, et que les premiers médicaments anti-infectieux (comme le mercure et le bois de gaïacum dans la syphilis, la quinine dans la malaria) étaient encore bien rares.
D’autres disciplines allaient venir peu à peu enrichir l’arsenal dont les médecins et chirurgiens pourraient profiter pour mieux diagnostiquer et enfin soigner.
Dr M. Lebreton










