Avec cette présentation, inévitablement incomplète, de ces esprits éclairés que certains peuvent considérer comme des contestataires de l’ordre scientifique établi, on peut se réjouir du mouvement libérateur qui s’est installé peu à peu à chaque étape de ces nombreuses découvertes.

Parmi ces illustres personnalités, on peut donc, en eux, voir des contestataires, voire rebelles, comme PARACELSE, l’anti conformiste dès le XVIème siècle, SERVET, l’érudit, COPERNIC, médecin mais surtout passionné d’astronomie, et GALILEE, le génial « empêcheur de tourner en rond » en 1632.

On peut considérer que certains, tels W. HARVEY (1628), BOYLE, HOOKE ou MALPIGHI, furent des esprits essentiellement scientifiques, dénués d’arrière-pensée philosophique ou religieuse.

Enfin, avec TYCHO BRAHE, le célèbre astronome, on a l’exemple de l’intellectuel qui resta, à sa manière, défenseur de l’ordre établi, l’obligeant à des « contorsions » intellectuelles sur le concept de la rotation des planètes. C’est, là, un profil scientifique ambivalent refusant jusqu’au bout l’évidence afin de rester en accord avec ses convictions religieuses qui plaçaient notre terre au centre du monde, et non pas au milieu du système solaire.

Comme c’est souvent le cas, la curiosité intellectuelle et la réussite de tous restaient dépendantes :

  • De circonstances fortuites
  • Des rencontres et des échanges au cours de leurs voyages en Europe
  • De circonstances parfois inattendues comme il est fréquent de le constater en science.

N’oublions pas, enfin, le génie créatif et la persévérance de chacun comme atouts indispensables au succès de leurs recherches.

Avant de revenir au Havre de Grâce, dans la prochaine chronique, concluons avec quelques figures connues, même si elles sont moins déterminantes sur le long chemin du progrès médical ou scientifique.

Au tableau d’honneur, inscrivons quelques médecins français et un médecin physiologiste important, et selon Claude BERNARD, « le meilleur expérimentateur de son siècle ».


FELIX Charles François (1635 / 25.5.1703), chirurgien, fils de chirurgien

Premier chirurgien du roi Louis XIV, connu pour l’intervention le 18/11/1686 de la fistule du roi : Intervention célèbre, puisque pratiquée sur le roi, ayant nécessité un entrainement préalable sur 75 fistuleux de Paris, avec un bistouri recourbé spécifique et mis au point pour l’occasion. Cette opération, sans anesthésie, pendant 3 heures, couronnée de succès, lui valut d’être anobli, sous le nom de Ch.- Fr. FELIS DE TACY.

C’est à partir de cet événement que fut composé par la duchesse de Brinon un air de musique relatant l’intervention qui sauva le roi, mis en musique par Lully et plus tard, inspirant Haendel pour l’hymne anglais God Save The King/Queen.


Pierre DIONIS (1643 / 11.12.1718), nommé en 1672 par Louis XIV pour enseigner l’anatomie et la circulation telle que venait de la décrire HARVEY, mais que contestait encore la Faculté de Médecine de Paris.

Accoucheur, chirurgien appelé en 1715 au chevet du roi Louis XIV mourant, à la suite d’une cellulite de jambe diagnostiquée à tort et avec obstination par les médecins, FAGON à leur tête, qui croyaient à la goutte ou à une sciatique, il proposa vainement l’amputation de la jambe gangrénée du roi.


Denis PAPIN (22.8.1647 -Blois / 26.8.1713 – Londres),  inventeur, mathématicien, physicien.

Médecin, mais peu attiré par l’exercice médical, il travaille à Paris à l’Académie des Sciences, avec HUYGENS et se passionne pour la physique :

  • 1673 : principe du moteur à combustion et explosion / Expérience sur le vide, il se révèle un inventeur ingénieux.
  • 1675 : Papin, protestant, s’exile à Londres par crainte des conséquences de la révocation de l’Edit de Nantes.
  • 1679 : travail avec BOYLE / Création d’un « digesteur », comparable à un autocuiseur primitif.
  • 1680 : entrée à la Royal Society
  • 1685 : Pompe à eau
  • 1690 : Premier cylindre – Piston à vapeur
  • 1690/92 : Etudes et travaux pour créer un sous-marin
  • 1704 : Bateau à roue

En 1695, Exercice tardif de la médecine auprès du Landgrave de Hesse, comme praticien personnel.


Reinier de GRAAF (30.7.1641 / 17.8.1673 -Delft), anatomiste, physiologiste, médecin.

De famille aristocratique, il étudie auprès de Franciscus de la BOE, dit SYLVIUS (1614/1672).

Thèse et doctorat de médecine à Angers.

  • 1664 : travaux sur le pancréas
  • 1668 : études sur les organes génitaux
  • 1673 : observation sur des lapins de « follicules » ovariens

Accusé de plagiat au sujet d’une technique de traçage par injection de vaisseaux sanguins, on suppose qu’il s’est suicidé après ses conflits avec le naturaliste SWAMMERDAM, adepte lui aussi du travail sous microscope.


Voilà un panorama de ces nombreuses étapes scientifiques jusqu’au XVIIIème siècle, avec leurs illustres représentants, précurseurs dans beaucoup de domaines, mettant en orbite la pensée scientifique moderne jusqu’à nous, et permettant à celle-ci de s’affranchir des tutelles dogmatiques qui la freinaient jusque-là.

Parvenus à ce stade, nous pouvons heureusement mesurer les immenses progrès.

Par contre, si autant d’avancées scientifiques jusqu’au XXIème siècle, ce sont multipliées, on peut aussi observer actuellement un recul de la confiance envers la science et une difficulté croissante à en comprendre et suivre les évolutions.

Ce changement génère chez certains des inquiétudes facilement exploitées par les sceptiques et complotistes qui n’ont jamais désarmé et entretiennent ainsi angoisse, anxiété et défiance. Dans ce domaine de l’histoire et de la philosophie des sciences, on est tenté de conclure (malgré le progrès qui ne s’arrêtera jamais) que SI LA LUMIERE FUT, pour cette période que nous venons de décrire, on observe à l’opposé, l’extinction de nombreuses lumières et d’indicateurs dans notre monde contemporain, faute de bon sens et de sagesse.

Sans cesse, science et technologie relèvent les défis, mais si les objectifs sont atteints, ceux-ci sont souvent dépassés et quelquefois dévoyés.

XVIIème et plus tard le XVIIIème furent incontestablement des périodes lumineuses ouvrant de beaux horizons, mais quelques siècles plus tard, on constate malheureusement que de nouveaux défis doivent être encore relevés afin que les valeurs humaines et les qualités relationnelles, indispensables à la bonne marche des sociétés de ce monde, ne soient ni négligées, ni carrément oubliées.

Les défis qui doivent être relevés actuellement face aux problèmes de notre planète (dans l’ordre alphabétique :  Alimentation pour tous – Accès à l’eau – Climat – Démographie – Energies – Instruction adaptée et non orientée, pour tous – Nature et ses occupants respectés – Santé telle que l’OMS la définit), imposent de rallumer à nouveau des lumières sur tous les continents et dans tous les esprits qui se disent éclairés.

Michel LEBRETON

 

 

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