Certes, vous savez que Le Havre a inspiré de nombreux auteurs ; peut-être certains d’entre vous en ignorent-ils encore quelques-uns. Et pourriez-vous les relier aisément à votre art quotidien ? J’en doutais jusqu’il y a peu…
Écartons-là rapidement Jean-Paul Sartre, bien qu’il enseignât fort brièvement au lycée François-Iᵉʳ et qu’il eût la révélation de son existentialisme au square Saint-Roch. En effet, son roman nous plonge sérieusement dans le pétrin : Les Mains sales ! Un comble pour tout bon praticien un tant soit peu au goût du jour.
Non, mentionnons simplement notre confrère Louis-Ferdinand Céline !
Et ce, pas tant parce qu’il remplaça et vécut quelque temps à Graville, mais surtout pour l’incroyable actualité et le rayonnement de sa thèse de médecine générale. Qui, d’entre nous aujourd’hui, voit sa laborieuse contribution, mondialement célèbre, puis si largement publiée (en vente à la Galerne en ce moment), enfin si merveilleusement en phase avec notre époque troublée ?
Oui, qui d’autre que ce sulfureux auteur, à tort réduit à son déplorable antisémitisme, a autant contribué à sortir de l’oubli le bon Dr Semmelweis !
Ignace Philippe Semmelweis, né le 1ᵉʳ juillet 1818 à Ofen et mort le 13 août 1865 à Döbling, près de Vienne, est un médecin obstétricien hongrois qui œuvra pour l’hygiène des mains. Praticien attentif, de trois ans l’aîné de Pasteur, il observe très précisément et surtout comprend l’intérêt essentiel du simple geste « de se parfumer les mains » pour réduire la mortalité des parturientes, alors même qu’il ignore complètement la notion de microbes ! Observer pour déduire : à méditer…
En intitulant Semmelweis sa thèse, Céline rend un vibrant hommage au père de cette révolutionnaire manucurie médicale. Son époustouflant talent littéraire éclaire tout jeune praticien sur l’importance du style, et plus encore du sujet, pour franchir les portes de la faculté, des librairies et de tous les lieux publics où trône désormais notre nouvelle thériaque : le fameux gel hydro-alcoolique.
Alors, à vos plumes, infatigables internes, et à vos lunettes, courageux confrères ! Non sans serrer « proprement la main » de notre précieux ancêtre !
Dr Xavier Lagarde










