L’année 2021 aura été une année particulière au Havre. Bien sûr à cause de la pandémie de Covid, de toutes les restrictions, de la vaccination et de tous les débats qu’elle a suscités.

Mais en ce qui nous concerne, elle aura été l’année où des services d’urgence libéraux auront dû fermer à plusieurs reprises. Et ce pour la première fois en 30 ans de service.

Pour la Clinique des Ormeaux, ce fut la nuit du lundi 6 septembre dernier et pour l’HPE celle du dimanche 12 septembre.

Qu’est-ce qui peut expliquer cette situation ?

En cause, en partie, bien sûr le Covid avec le surcroit de travail pour les établissements privés, conséquence de l’aide apportée au GHH, lui-même en première ligne dans l’accueil et l’hospitalisation des patients porteurs du Covid.  D’où fatigue des équipes.

Pour information, les chiffres d’activité des services d’urgence de l’agglomération pour les adultes : 700 passages /semaine pour le GHH, 768 au total pour l’HPE et 534 au total pour les ormeaux pour la semaine du 27/09 au 03/10.

A cela est venu s’ajouter la reconnaissance de spécialité de Médecine d’Urgence qui entraine le durcissement des conditions d’exercice dans les services d’urgence pour les médecins n’ayant pas cette spécialité.

Après de nombreux allers et retours avec le CDO (Conseil de l’Ordre), celui-ci accepte d’assouplir la règle : il reconnaît qu’il faudra au moins 10 ans avant que tous les services d’urgence puissent n’être pourvus que de spécialistes en Médecine d’Urgence.

Mais le coup est parti et nos confrères n’ayant pas la spécialité sont frileux d’un point de vue médico-légal. Ce qui peut se comprendre.

La Clinique des Ormeaux a ainsi perdu 1 ETP et demi depuis le mois d’avril : cela correspond à 25% du total nécessaire. Depuis lors, nous comblons comme nous pouvons mais le nombre de spécialistes formés est faible et ne suffit pas. La pyramide des âges de nos services n’est pas très favorable non plus.

Nous ne sommes pas les seuls concernés, le GHH par exemple manque de 10 ETP en urgences /Smur, l’HPE voit son équipe fragilisée par au moins un départ prochain. Dans la région,  l’été a été difficile : fermeture des urgences de Lisieux une partie de l’été, fermeture de plusieurs lignes de SMURS et diminution des équipes à d’autres endroits. Le CH de Lillebonne a fermé les urgences la nuit du 5 octobre 2021

La médecine de ville est également sinistrée : il n’y a plus que 110 médecins généralistes au Havre. (ils étaient 190, il y a 10 ans). Aux alentours de 15% des Havrais n’ont pas de médecin traitant. Malgré une offre de Permanence des soins, de continuité des soins et de régulation importante (le 116 117), la médecine générale peine.

Sans parler des spécialistes d’organe qui se raréfient de façon très inquiétante.

Le panorama sanitaire est donc sombre. Cela n’empêche pas la communauté soignante de faire preuve d’initiatives et d’inventivité : Le Havre, site pilote, pour une expérimentation SAS (service d’accès aux soins), l’énorme travail de la CPTS Grand Havre pour rassembler les énergies et pour porter des projets innovants en sont des exemples parlants.*

Que va-t-il se passer pour les urgences privées dans l’avenir ?

Rien n’est acquis, des discussions ont lieu entre les différents services, avec l’ARS, mais une des possibilités est la fermeture de nuit des services d’urgence privés en 2022.

Nous ne manquerons pas de vous informer des solutions trouvées et de leurs conséquences. Une seule chose est sûre : la situation actuelle (nos services ouverts H24) ne peut pas durer en l’état.

 

Dr Georges VOLAIT, Médecin travaillant aux urgences de la Clinique des Ormeaux

A propos de la CONTINUITE DES SOINS : nous vous rappelons que tous les médecins généralistes du territoire ont rendez-vous 

Jeudi 21 octobre  à 20 h 00 au Novotel Le Havre

au programme
avec l’arrivée du SAS et de la CPTS Grand Havre,

(Ré-)Organisons ensemble la continuité des soins

Rencontre organisée par l’AMUH, l’ASVES (porteur du projet SAS) et la CPTS Grand Havre
Plus d’informations ici
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