Dans le cadre des manifestations pour ses 20 ans, le 13 mars dernier, à  midi,  la Maison de l’Adolescent du Havre organisait, à l’Hôtel de Ville, une réunion d’information afin d’optimiser les interactions avec les acteurs de ville.

Les intervenants étaient des professionnels de l’institution: Dr Fuseau et Dr Chevillard pédopsychiatres, Me Jarry éducatrice, Me Bellangé psychologue, Dr Stoller pédiatre.

Peu de personnes ayant pu y assister, je vous résume ici les différents aspects abordés.

Constantes et points d’évolution

Tout d’abord, un point a été fait sur les constantes et les points d’évolution des demandes et pratiques.

Dans les constantes : la diversité des « adolescences» et de leur quête de soi.

Dans les points d’évolution : la multiplication des acteurs dans les prises en charge, mais aussi la pénurie de certains professionnels comme les pédopsychiatres et les orthophonistes. Les prises en charges sont ainsi devenues plus hétéroclites.

Des nouvelles problématiques ont émergé : la dysphorie de genre ou transidentité, la psychiatrie transculturelle avec l’intervention des interprètes pour les jeunes migrants, la plus grande fréquence des pathologies chroniques à l’adolescence comme le diabète.

La vulgarisation des sujets avec la démocratisation d’internet et la généralisation du téléphone portable avec une utilisation moyenne de 5h/j. Le changement du rapport au monde induit par ces pratiques, aussi bien pour les ados que pour leurs parents, moins disponibles.

Des modifications dans le repérage et l’appréhension des troubles avec, pour les parents, une banalisation des difficultés et de la souffrance des ados, qui n’est plus envisagée dans la dynamique familiale, un diagnostic posé avec internet et un détachement avec effacement de la différence des places parent/ado, donc des parents en difficulté pour jouer leur rôle

Du coté des soignants, la consultation

Pour les soignants, les formations ont évolué avec les DIU spécifiques adolescent et la nécessité de se tenir informé sur les nouvelles technologies afin de rester proche des préoccupations des patients.

Le Dr Stoller, pédiatre à Montivilliers et à la maternité de l’HPE, est celui qui assure la partie somatique des prises en charge à la Maison de l’Ado. Il est revenu sur la consultation type d’un ado : 

Il structure sa consultation en 3 temps:

  • un temps initial avec les parents et l’ado,
  • un 2ème temps seul avec le jeune,
  • puis un temps de conclusion de nouveau tous ensemble.

La notion de secret médical reste entière, les limites étant la mise en danger de l’ado lui même (drogues, risque suicidaire) ou les mises en danger de tiers – violences etc. Dans ces cas, le médecin se doit d’avertir et de prendre les mesures nécessaires.

La question du tutoiement/vouvoiement reste à la latitude du soignant qui doit être au clair avec lui-même et à l’aise dans la relation au patient.

Le temps initial permet de fixer avec les parents et l’ado la problématique et l’historique des troubles. Les demandes peuvent souvent varier entre les parents et les jeunes.

Pour aider dans l’interrogatoire souvent peu productif des ado le moyen mnémotechnique, on peut utiliser le mot « adolescents »

L’examen clinique ne doit pas faire l’impasse sur la croissance – courbes et examen des organes sexuels, la recherche de mutilations avec parfois examen complet du tégument nécessitant un déshabillage.

Le temps des conclusions avec les parents permet, dans un premier temps, de se recentrer sur ce qui va bien. Il faut essayer de composer avec les discordances entre les demandes des parents et celles de l’ado et jouer le rôle de médiateur pour renouer les relations. Si des besoins sont mis en évidence il faut fixer le rendez-vous de suivi d’emblée et accepter parfois des rendez-vous non honorés, des ados qu’il faut relancer en téléphonant pour prendre des nouvelles.

Les risques de la consultation sont d’imposer sa vérité de médecin, de nouer une relation inadaptée soit de copinage avec l’ado, soit de coalition avec les parents contre celui-ci. Il faut penser à respecter l’autonomie des jeunes patients, ne pas sous-estimer leurs problèmes, mais ne pas tout psychiatriser non plus.

Les traitements

En ce qui concerne les traitements dans les pathologies psychiatriques chez l’ado, voici les messages du Dr Stoller:

  • pas de benzodiazepines
  • si besoin d’un antidépresseur, privilégier les IRS – sertraline ou fluoxetine  (débuter à 1/2 dose, sous surveillance, avant passage à dose habituelle, en vérifiant que les parents ne prennent pas la même molécule pour le côté symbolique)
  • si utilisation d’hydroxizine, nécessité théorique d’un ECG avant traitement – allongement espace QT – possibilité de l’avoir en néonatalogie auprès du Dr Parrod, cardiopédiatre

 

Côté rappel sur le fonctionnement de la Maison de l’Adolescent au Havre

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Des horaires larges, avec possibilité de consulter les week-end :

  • du lundi au vendredi :de 8 h 30 à 20 h 30
  • le samedi : de 10 h 00 à 20 h 00
  • le dimanche : de 10 h 00 à 17 h 00 

la prise en charge :

  • une évaluation en 3 rendez-vous par des Ide/éducateurs, puis un passage au staff, avec orientation de la prise en charge
  • des psychologues, psychiatres, pédiatre, assistante sociale, avocat pour conseils juridiques (ados victimes, éclaircissements sur procédures en cours, etc), gynéco pédiatre, médecin nutritionniste
  • un courrier pour le médecin traitant une fois le processus validé, mais un refus des patients de communiquer au médecin dans 1/4 des cas
  • des délais d’attente de 3 semaines à 1 mois pour un 1er rendez-vous, avec des possibilités dans la semaine sur appel du médecin traitant aux Drs Fuseau ou Stoller, par exemple pour idées noires ou stress post traumatique
  • les épisodes aigus et les idées suicidaires restent du recours des urgences pédiatriques
  • une consultation « Accueil Parent d’Adolescent » pour de la guidance parentale même si ado pas suivi, par psychologues, assistantes sociales et Ide formés

 

Le Dr Elsa Fagot-Griffin, médecin généraliste intervenant également en Pmi, et Me Giovannoni, sage-femme en Pmi, ont présenté l’activité de Centre de planification et d’éducation familiale sur Le Havre qui va faire le sujet d’un article ultérieur.

Dr Iulia CASAUX, médecin généraliste

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