Cette thématique « santé humaine et environnement » a été inscrite par le Comité Consultatif National d’Ethique dans le périmètre des Etats Généraux de la Bioéthique, et c’est pourquoi j’ai souhaité aborder ce sujet, au même titre que les autres. Néanmoins, ce sujet n’a pas eu beaucoup d’écho lors de la consultation et la probabilité que la future loi l’aborde est bien mince. Et pourtant la crise sanitaire que nous subissons depuis plus d’un an est à l’origine d’une prise de conscience collective et inédite des liens étroits entre  environnement et santé, entre crises écologiques et crises sanitaires.

1 – définitions

La santé n’est plus seulement considérée comme une absence de maladie ou d’infirmité, mais comme un état complet de bien-être physique, mental et social. Elle est désormais élargie à une dimension environnementale.

L’environnement, le cadre naturel dans lequel nous vivons, peut s’entendre dans ses dimensions physico-chimique, biologique, climatique et sociale.

2 – état des lieux

Tous les liens qui existent entre santé humaine et environnement ne sont pas tous connus mais certains (et la liste n’est pas exhaustive) sont déjà bien établis :

  • L’importance de la biodiversité : certes, elle constitue une menace par son réservoir d’agents infectieux et toxiques, mais surtout elle est une source de nouvelles molécules thérapeutiques. Cette biodiversité a toujours évolué mais les activités humaines (déforestation, surpêche, herbicides …) accélèrent cette évolution au point de détériorer la capacité du vivant à se diversifier et à se renouveler. La plupart des graves épidémies trouve son origine dans l’animal et les activités humaines qui l’entourent.
  • Les perturbateurs endocriniens : ces perturbateurs altèrent le fonctionnement normal de l’organisme en interagissant avec la synthèse, la dégradation, le transport et le mode d’action des hormones. Ils sont surtout issus de l’industrie agro-chimique et ont la particularité de persister de longues années dans l’environnement.
  • La pollution de l’air par des produits chimiques, des métaux, des particules fines, des moisissures, des pollens, provient majoritairement des activités humaines. Elle est entretenue par les grandes concentrations urbaines et serait à l’origine d’un décès sur cinq dans le monde… et près de 50.000 par an en France.
  • Le changement climatique à l’origine de canicules meurtrières et de maladies émergentes.
  • L’épuisement des ressources naturelles non renouvelables et des sols, la diminution des surfaces agricoles, la pollution des sols, des nappes phréatiques et des mers perturbent l’accès à l’alimentation pour 1 individu sur 10 dans le monde et l’accès à l’eau potable pour 3 sur 10.
  • Les pollutions lumineuses et sonores sont à l’origine de troubles psychiques et auditifs…

 

3 – les enjeux

  • sanitaires :

 Bien sûr l’accès pour tous à de l’air, à de l’eau et à une alimentation de qualité ; mais aussi la diminution des épidémies.

  •  sociétaux :

Les conséquences de la « crise environnementale » sur la santé humaine sont corrélées au degré de fragilité des populations. Les pays développés contrôlent, gèrent et consomment l’essentiel des ressources naturelles. Pour faire face à ce défi environnemental, l’Humanité ne peut être que solidaire et l’aide au développement de tous doit être la priorité des pays riches.

  •  scientifiques :

Pour déterminer plus précisément l’impact des différents facteurs d’environnement sur la santé, pour favoriser l’interdisciplinarité au regard de la diversité des problèmes et pour développer des biotechnologies respectant la biodiversité, quitte à modifier des génomes d’insectes ou de plantes dans un objectif de santé. 

  • juridiques et politiques :

Les questions concernant l’impact de l’environnement sur la santé dépassent largement le cadre national. Elles appellent à une régulation des ressources naturelles à un échelon planétaire par une gouvernance globale qui reste à inventer, mais aussi à une prise de conscience d’une responsabilité collective et d’une fraternité nécessaire pour laisser une Terre habitable aux générations futures.

 En conclusion,

Le consensus est large, en France, pour constater que l’humanité est confrontée à une crise environnementale et pour souhaiter que les facteurs environnementaux soient pris en compte dans la politique de santé.

Sur ces sujets, le Comité Consultatif National d’Ethique a émis deux souhaits :

  • favoriser les réflexions interdisciplinaires permettant de mieux soutenir les décisions politiques
  • que les entreprises présentent chaque année un document éthique.

Ces décisions, dérisoires eu égard à l’ampleur du sujet, ne seront probablement même pas inscrites sur la prochaine loi de bioéthique. Cette frilosité s’explique car les solutions à construire se trouvent bien souvent dans une impasse : contrairement aux autres sujets, elles concernent plus la prévention que le soin et surtout elles nécessitent une solidarité qui dépasse nos concitoyens et même notre espèce.

L’été n’est pas loin et vous retrouverez les deux derniers sujets après la rentrée. Il s’agit des sujets les plus emblématiques et  les plus discutés de la future loi de bioéthique : la procréation et la société, et la fin de vie. L’Assemblée nationale vient de revenir à la version initiale de la loi, sans tenir compte des corrections apportées par le Sénat. Le 24 juin, le texte sera de nouveau examiné par le Sénat et, en cas de  désaccord, une quatrième lecture est prévue à l’Assemblée. Le gouvernement peut décider de donner le dernier mot à l’Assemblée, ce qu’il fera sans doute puisqu’il souhaite un vote définitif du texte avant la fin du mois de juillet. Je vous parlerai donc de la version définitive et des enjeux qu’elle a soulevés.

A vous tous, je souhaite un bel été déconfiné !

Dr Valérie LAYET, Généticienne GHH 

 

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