La SIALENDOSCOPIE est une technique interventionnelle récente peu invasive qui permet le diagnostic et le traitement de pathologies des glandes salivaires par voie endoscopique en visualisant directement le canal salivaire à travers un endoscope de petit calibre.

Elle est notamment efficace sur les troubles obstructifs des canaux excréteurs salivaires.

La pathologie obstructive des glandes salivaires est fréquente (1) et se manifeste cliniquement par des douleurs et des augmentations de taille récurrentes de la glande, à savoir hernie et colique salivaire(2). Elle peut être due à des lithiases, des sténoses canalaires, des bouchons muqueux voire des corps étrangers ou des variantes anatomiques de l’arbre canalaire (3).

Les glandes sous-mandibulaires sont impliquées dans 80 à 90% des cas des troubles salivaires, suivies par les glandes parotides (5% à 10%) et sublinguales (<1%).(4)

 

Qui peut être concerné par la sialendoscopie ?

Les adultes à tout âge (97% des cas) peuvent être concernés par les lithiases ou calculs salivaires et les sténoses salivaires et les enfants à partir de 3 ans (3% des cas). L’âge moyen de découverte des lithiases est 41 ans pour la glande sous maxillaire et 48 ans pour la parotide.

Certaines pathologies ou séquelles de traitements rares peuvent aussi justifier une sialendoscopie.

  • Les enfants peuvent souffrir de parotidites répétées dans le cadre de la parotidite récurrente juvénile, une pathologie méconnue des médecins dont le pic se situe entre 3 et 7 ans. C’est la seconde pathologie salivaire en fréquence des enfants après les Oreillons.
  • Les patients qui ont reçu un traitement par Iode radioactif pour cancer de la thyroïde ont parfois des symptômes salivaires invalidants.
  • Les patients qui ont eu une radiothérapie sur les joues
  • Les patients atteints de Maladie de Gougerot SjögrenSclérodermieLupusPolyarthrite rhumatoïdecertaines thyroïdites peuvent aussi avoir des symptômes salivaires très gênants.
  • Les patients qui ont eu un lifting de visage.
  • Un corps étranger accidentellement coincé dans un canal salivaire.(5)
Quels signes peuvent amener à consulter pour une sialendoscopie ?
  • Des gonflements indolores rapides au moment des repas en avant de l’oreille ou sous la mâchoire qui diminuent assez rapidement (hernies salivaires)
  • Des gonflements douloureux au moment des repas en avant de l’oreille ou sous la mâchoire qui diminuent très lentement (coliques salivaires)
  • Une sensation de lourdeur permanente sous la mâchoire
  • Des infections répétées des glandes salivaires (parotidite ou sous maxillite)
  • La découverte fortuite de lithiases/calculs lors d’un examen effectué pour une autre raison (panoramique dentaire, scanner de la face, échographie cervicale, IRM cervicale)

Il est important de savoir que les calculs touchent 1/7500 personnes et peuvent rester longtemps peu symptomatiques. Beaucoup sont éliminés spontanément avec la salive (petits éléments de quelques mm très durs et jaunes ou blancs retrouvés dans la salive). Leur taille moyenne est de 3,2 mm dans la parotide et 4,9 mm dans la glande sous maxillaire. Néanmoins certains sont symptomatiques dès 2mm de diamètre et peuvent rester coincés, leur taille augmentant inexorablement de 1 mm par an jusqu’à entrainer des symptômes douloureux et de plus en plus fréquents. Il est préférable, car plus facile, d’enlever ces calculs persistants lorsqu’ils sont petits même s’ils n’ont pas été encore symptomatiques. Les calculs sont multiples jusque dans 30% des cas dans la même ou dans une autre glande. Les lithiases sont radio-opaques (visibles sur une radiologie ou un scanner) dans 90% des cas.

Comment se déroule la sialendoscopie ?

Cette intervention est préconisée au bloc opératoire sous anesthésie générale (AG), pour s’assurer de l’immobilité du patient, et éviter l’inconfort et les douleurs engendrées par les gestes très postérieurs et la dilatation canalaire(6). La décision du type d’anesthésie est prise par le chirurgien, l’anesthésiste et le patient(7).

Une intervention sous anesthésie locale peut être réalisée pour certaines procédures (lavage seul, traitement d’une seule glande), ou lorsqu’un patient présente une contre-indication à l’anesthésie générale.

Au cours de la sialendoscopie, un petit endoscope est placé dans la ou les glandes salivaires malades par l’intermédiaire des canaux excréteurs de salive situés dans la bouche. Le sialendoscope dont la taille varie de 0,7 à 1,6 mm peut permettre d’utiliser des instruments à même de dilater des sténoses (ballons), disloquer des calculs (laser ou impulsion) puis les retirer (sonde à panier). La sialendoscopie peut aussi être couplée à une voie d’abord plus classique dans les cas difficiles pour augmenter la sécurité ou vérifier la validité du geste effectué : cette technique s’appelle une voie combinée.

La sialendoscopie peut être pratiquée sans limitations sur plusieurs glandes salivaires au cours du même temps opératoire.

 

Dr Caroline LAFARGE, Chirurgien maxillo-facial, Clinique des Ormeaux

Dr Christophe MOURE, chirurgien maxillo-facial, Clinique des Ormeaux

Dr Hassen CHEMLI, Chirurgien maxillo-facial, Clinique des Ormeaux


  1. E. Erkul et M. B. Gillespie, « Sialendoscopy for non‐stone disorders: The current evidence », Laryngoscope Investig. Otolaryngol., vol. 1, no 5, p. 140‑145, sept. 2016, doi: 10.1002/lio2.33.

  2. E. Masson, Vergez.S, Vairel B, De Bonnecaze.G, et Astudillo.l, « Pathologies salivaires médicales », EM-Consulte, janv. 22, 2014. .
  3. S. R. Chandra, « Sialoendoscopy: Review and Nuances of Technique », J. Maxillofac. Oral Surg., vol. 18, no 1, p. 1‑10, mars 2019, doi: 10.1007/s12663-018-1141-0.
  4. G. Atienza et J. L. López-Cedrún, « Management of obstructive salivary disorders by sialendoscopy: a systematic review », Br. J. Oral Maxillofac. Surg., vol. 53, no 6, p. 507‑519, juill. 2015, doi: 10.1016/j.bjoms.2015.02.024.
  5. dr-delagranda.com/sialendoscopie/
  6. E. Mastrolonardo et al., « Comparison of general anesthesia and monitored anesthesia care for sialendoscopy  procedures. », Am. J. Otolaryngol., vol. 42, no 1, p. 102809, oct. 2020, doi: 10.1016/j.amjoto.2020.102809.
  7. N. Bawazeer, J. Carvalho, I. Djennaoui, et A. Charpiot, « Sialendoscopy under conscious sedation versus general anesthesia. A comparative  study. », Am. J. Otolaryngol., vol. 39, no 6, p. 754‑758, déc. 2018, doi: 10.1016/j.amjoto.2018.09.002.
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