La médecine scolaire, un métier mal connu mais si indispensable
Le service de santé scolaire compte une trentaine de poste de médecin en Seine-Maritime, qui sont des médecins de prévention au service des élèves. La moitié de ces postes est actuellement vacante, faute de candidats.
Je suis médecin scolaire depuis 1995 sur le secteur du Havre. J’exerce avec passion ce métier riche et passionnant, qui demande à être mieux connu.
Le médecin scolaire a un rôle qui s’apparente un peu à celui de « médecin du travail » de l’enfant à l’école, pour un suivi global. Il fait l’interface entre l’école (enseignants psychologues infirmières assistantes sociales), les familles et le monde médical.
Les missions :
Les missions sont multiples et très variées : outre les examens de santé obligatoire (en particulier le bilan de la sixième année, qui concerne théoriquement tous les enfants scolarisés, et aussi le bilan médical des élèves mineurs en formation professionnelle à travaux réglementés) le médecin scolaire a pour mission de repérer, accompagner et orienter tous les élèves à besoins particuliers, afin d’adapter au mieux leur scolarité, notamment en cas de pathologie chronique, de handicap ou de trouble des apprentissages. Il participe à la protection de l’enfance, contribue à la formation continue des personnels, il intervient en cas d’événement à caractère traumatique en milieu scolaire, il œuvre à des actions d’éducation à la santé. Il organise les mesures prophylactiques en cas de maladie transmissible (méningite, ou COVID, qui nous occupe énormément actuellement)
Le médecin intervient sur un secteur comprenant un nombre important d’établissements (une vingtaine) de la maternelle au lycée, pour un total théorique d’environ 7000 élèves. Nous nous déplaçons beaucoup, au moins deux écoles chaque jour, et travaillons avec de nombreux partenaires et interlocuteurs différents
Concrètement, nos activités principales comprennent :
- des consultations cliniques en présence des parents dans la grande majorité des cas, pour des examens systématiques (bilan de la sixième année), ou des consultations à la demande d’un membre de l’équipe enseignante, des parents, d’un médecin… Ces consultations sont souvent précédées d’un contact avec l’enseignant pour préciser clairement la problématique, et elles sont suivies en général d’une orientation de l’enfant vers des bilans complémentaires extérieurs ou des soins.
- des réunions de concertation autour de cas d’élèves, en présence des parents et de l’enseignant, et souvent de soignants.
- des consultations en urgence pour suspicion de maltraitance ou constat, suivies de travail de lien avec les services sociaux ou éducatifs, et rédaction de rapports d’information préoccupante pour la protection de l’enfance.
- des tâches administratives : rédaction des PAI (Projets d’Accueil Individualisé) PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé), certificats divers (pour la MDPH surtout), contacts téléphoniques.
Les PLUS du métier :
Au sein de l’éducation nationale, nous avons l’indépendance professionnelle indispensable à un exercice médical, et nous avons la liberté de notre emploi du temps, de l’organisation de nos journée et de la durée de nos consultations. Cela permet des consultations longues dans certaines situations qui le nécessitent, ce qui n’est pas toujours possible dans d’autres exercices.
Le travail en équipe, avec de multiples partenaires, toujours dans le respect du secret médical, est un gros atout pour qui aime le contact.
Je citerai aussi bien-sûr les vacances longues, 14 semaines (les élèves en ont 16) qui sont un luxe inestimable, qui fait évidemment partie à part entière du choix de ce poste. En contrepartie, je précise que la rémunération est au prorata de ces vacances prolongées, ce qui entraîne pour le médecin titulaire (fonctionnaire de l’éducation nationale) un salaire mensuel inférieur à ce qu’un médecin gagne ailleurs. De plus, nos journées sont chargée mais se prolongent rarement au-delà de 18 heures, et nous n’effectuons pas de gardes.
Les compétences et qualités requises pour occuper ce poste sont des compétences relationnelles,
une adaptabilité indispensable pour évoluer dans ce milieu très différent du monde du soin pur, ainsi que des capacités d’organisation, pour gérer au quotidien les multiples demandes émanant de partenaires très nombreux. La capacité d’écoute des patients, outil indispensable à tout médecin, doit se doubler d’une capacité d’écoute des différents professionnels, pour lesquels nous sommes des personnes ressources.
Ce métier, véritablement passionnant, reste absolument indispensable pour l’égalité des chances et le bon développement des enfants dans un pays européen du XXIème siècle. Il a énormément évolué depuis une vingtaine d’années : le médecin scolaire est devenu le médecin spécialiste de l’enfant à l’école, avec un rôle d’expertise maintenant bien établi.

Dr Laurence LECOQUIERRE, médecin de santé scolaire
Contact au Havre :Dr Laurence LECOQUIERRE : 06 08 15 47 10 – laurence.lecoquierre@ac-normandie.fr
Contact à la Direction Départementale de l’Éducation Nationale (DSDEN) Dr Lucile BRUYERE : 06 23 47 08 58