Voilà près de 15 ans, la médecine nucléaire havraise faisait sa première révolution en démocratisant l’imagerie hybride qui allie l’image fonctionnelle scintigraphique à l’imagerie morphologique scanographique (TDM).  

Une nouvelle mutation est aujourd’hui en marche et les appareillages de médecine nucléaire acquièrent la technologie numérique. Une caméra numérique à semi-conducteurs D-SPECT, commercialisée par SPECTRUM (photo 1), dédiée aux explorations cardiologiques, a ainsi été récemment installée au Centre Havrais d’Imagerie Nucléaire.   

 

 Après plusieurs mois de fonctionnement, nous vous présentons les principes de cette technologie et dressons un premier bilan des avancées permises par cet appareillage, le premier de l’ex Haute-Normandie.  

Avant tout, il faut rappeler que la tomoscintigraphie de perfusion myocardique ou « scintigraphie cardiaque », synchronisée à l’ECG, est une technique extrêmement robuste et largement validée, non invasive, d’évaluation de la réserve coronaire.

Une telle scintigraphie ne demande pas de préparation particulière mais une note explicative écrite doit idéalement être remise au patient, en particulier pour lui préciser de ne pas venir à jeun et d’éviter tout apport de bases xanthiques dans les 12h précédant l’examen. L’arrêt des médicaments cardiotropes peut également être indiqué (fig 1).

fig.1

  • Elle comporte deux séquences (fig 2) d’images, de stress -après une épreuve d’effort sur bicyclette ou un test pharmacologique au dipyridamole- et de repos, et permet l’étude de la perfusion du ventricule gauche mais aussi de la cinétique segmentaire du ventricule gauche, ainsi que le calcul de la FEVG et des volumes cavitaires gauches.  

fig.2

L’imagerie est obtenue par la détection de la faible quantité de traceur radioactif (le plus souvent du MIBI marqué au technétium 99 qui est capté par les mitochondries des myocytes) injectée au patient au maximum de l’épreuve de stress et au repos. Ses indications et contre indications sont résumées dans le tableau 1.

tableau 1

 Une caméra numérique, à la différence d’une gamma caméra traditionnelle de type Anger, détecte et transforme directement en signal électrique les photons gamma par le biais d’un cristal semi-conducteur CZT (Tellurure de Cadmium Zinc). Il n’y a plus de photomultiplicateur et le dispositif s’en trouve miniaturisé (tableau 2). Sa sensibilité est améliorée d’un facteur 20, la résolution spatiale et en énergie est améliorée d’un facteur 2, atteignant 8,6 mm et 5,3% respectivement  

tableau 2

 Ces atouts techniques ont un impact pratique majeur :

  • l’appareil plus petit, doté de 9 colonnes détectrices orientables, offre une position d’examen confortable pour le patient qui est placé en position demi assise et non plus en procubitus bras levés (photo en haut à droite du tableau 2). De surcroît il n’y a plus de limite de poids du patient à explorer, ce qui est à prendre en considération à notre époque d’obésité grandissante.
  • la quantité de radiopharmaceutique administrée au patient peut être réduite de 30% au moins, ce qui diminue d’autant la dosimétrie patient (=l’irradiation reçue) qui n’est que de 1,55 mSv pour un patient de 70 kg (lors d’un simple examen de stress cette valeur est à rapprocher de celle d’un scanner thoracique qui est de l’ordre de 10 mSv.
  • la dosimétrie du personnel est naturellement diminuée dans les mêmes proportions
  • la durée de l’examen en est drastiquement raccourcie en passant de 15-20 min à 7-8 min pour l’imagerie de stress et de 10-15 min à 2-3 min pour l’imagerie de repos.
  • de plus, les progrès de l’informatique permettent dorénavant une acquisition des données en mode liste ce qui rend possible un ré échantillonnage des cycles cardiaques en cas d’arythmie, résultant en une meilleure précision diagnostique et une fiabilité accrue.

Photo 2 : Tomoscintigraphie d’effort et de repos normale en coupes petit-axe, grand axe vertical et grand axe horizontal.

Toute médaille ayant son revers, ce nouvel appareillage présente quelques inconvénients qui ne contre-balancent pas ses nombreux avantages, en particulier pour le patient (tableau 3): 

  • Il est réservé aux seuls examens cardiologiques et ne dispose d’aucune polyvalence alors que son prix d’achat est bien supérieur à celui d’une gamma caméra traditionnelle qui, elle, est polyvalente et autorise la réalisation de tout type d’examen scintigraphique.
  • le temps de traitement informatique de l’examen est allongé, ainsi que le temps médecin. Il existe de surcroît une courbe d’apprentissage non négligeable pour l’ensemble du personnel, tant médical que paramédical
  • l’environnement logiciel reste assez spartiate et rigide.   

tableau 3

En conclusion, la scintigraphie myocardique, examen clef de la maladie coronaire, gagne encore en disponibilité et en performance avec l’arrivée du « tout numérique ». Son installation au Centre Havrais d’Imagerie Nucléaire est en parfaite cohérence avec  sa relocalisation future en bordure du site de l’HPE -dans de nouveaux locaux en cours de construction- qui , à n’en pas douter, simplifiera la vie de nombreux collègues cardiologues dont la présence est indispensable à la réalisation des épreuves de stress. Dans l’attente, il reste quelques vacations de cardiologues disponibles… Avis aux amateurs…    

Dr Arnaud HALLEY et Dr Frédéric PATROIS, scintigraphistes

NB :  la note explicative est téléchargeable sur le site internet du Centre Havrais d’imagerie nucléaire http://www.scinti-france.fr/lehavre/index.php et à disposition au secrétariat (02 32 73 60 00)

Bibliographie :

Performance of cardiac cadmium-zinc-telluride gamma camera imaging in coronary artery disease: a review from the cardiovascular committee of the European Association of Nuclear Medicine (EANM). Agostini D, Marie PY, Ben-Haim S, Rouzet F, Songy B, Giordano A, Gimelli A, Hyafil F, Sciagrà R, Bucerius J, Verberne HJ, Slart RH, Lindner O, Übleis C, Hacker M; Eur J Nucl Med Mol Imaging. 2016 Dec;43(13):2423-2432. Epub 2016 Aug 19.  

Routine evaluation of left ventricular function using CZT-SPECT, with low injected activities and limited recording times. Claudin M, Imbert L, Djaballah W, Veran N, Poussier S, Roch V, Perrin M, Verger A, Boutley H, Karcher G, Marie PY. J Nucl Cardiol. 2018 Feb;25(1):249-256.

Differences in attenuation pattern in myocardial SPECT between CZT and conventional gamma cameras. Oddstig J, Martinsson E, Jögi J, Engblom H, Hindorf C. J Nucl Cardiol. 2018 May 23

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