Intégrer l’activité physique à son arsenal thérapeutique

Les bénéfices de l’activité physique sont spectaculaires. Pourtant, nous lui consacrons peu de temps en consultation et nous la prescrivons encore trop rarement.

La première raison est peut-être que les chiffres paraissent trop beaux pour être vrais. Nous les connaissons, nous pouvons les retrouver dans les recommandations et les articles scientifiques, mais ils s’intègrent mal à notre intuition clinique. Face à un effet quantitativement spectaculaire, notre cerveau manifeste une forme d’insensibilité à l’ampleur. Les chiffres sont entendus, parfois jugés crédibles, mais ils n’informent pas spontanément une décision. Parce qu’ils paraissent disproportionnés, ils ne modifient pas toujours notre pratique.

Prenons l’exemple de la maladie d’Alzheimer. Plusieurs études prospectives ont rapporté, chez les personnes les plus actives comparées aux moins actives, une réduction de l’incidence pouvant aller jusqu’à 45%. Ce chiffre devrait nous conduire à parler d’activité physique à tout patient vieillissant, inquiet pour sa mémoire. Et pourtant il est probable que nous ne le ferons pas.

La deuxième raison est que nous imaginons volontiers nos patients difficiles à convaincre. « Elle ne voudra pas », « il n’aura pas le temps », « elle est trop fatiguée », « il ne fera jamais de sport ». Pourtant, il ne s’agit pas d’imposer un programme sportif. Il s’agit simplement de remettre du mouvement corporel et une dépense énergétique dans la vie quotidienne : marcher, monter des escaliers, reprendre le vélo, jardiner, danser, aller nager, jouer avec ses enfants ou ses petits-enfants, participer à une activité de groupe. 

Des effets bénéfiques efficaces et étudiés

Chez les personnes actives comparé aux personnes inactives, la mortalité toutes causes confondues est diminuée de 30 à 35%. Inversement, l’OMS estime qu’un niveau d’activité insuffisant est associé à un risque de décès supérieur de 20 à 30% par rapport à un niveau d’activité suffisant.

L’activité physique augmente ainsi l’espérance de vie, mais surtout l’espérance de vie en bonne santé : vivre plus longtemps, tout en conservant davantage d’autonomie, de mobilité et de capacités fonctionnelles. Le gain d’années de vie en bonne santé est estimé à 3 à 4 ans chez les sujets qui pratiquent une activité physique modérée par rapport aux sujets qui n’en pratiquent pas.

Les effets cardiovasculaires sont parmi les plus puissants. Le risque de développer une pathologie coronaire décroît de 14 à 50% chez les sujets actifs par rapport aux sujets inactifs selon les études, avec des effets bénéfiques observés même pour une pratique hebdomadaire en deçà des recommandations OMS. Selon une méta analyse, le risque de survenue de pathologie cardiovasculaire est diminué de 25 à 50% avec une pratique d’activité physique régulière.  Chez les patients déjà coronariens, le maintien ou la reprise d’une activité physique régulière est associée à une diminution de la mortalité de l’ordre de 25 à 35%.

L’activité physique participe également à la prévention du diabète de type 2. Elle améliore la sensibilité à l’insuline, facilite l’équilibre glycémique et réduit le risque cardiovasculaire. Chez les personnes à risque élevé, les grands programmes intensifs associant activité physique, alimentation et perte de poids ont réduit l’incidence du diabète de type 2 d’environ 20 à 50%.

Retenons donc un message simple : chez une personne à haut risque de diabète, une intervention structurée sur les habitudes de vie, incluant une activité physique régulière, peut significativement réduire la survenue d’un diabète de type 2.

Le bénéfice existe également pour les accidents vasculaires cérébraux. Le rôle protecteur d’une activité physique de faible intensité n’est pas démontré, mais les études de cohorte associent les niveaux d’activité les plus élevés à une réduction du risque d’AVC d’environ 20 à 27%. Des diminutions plus fortes, pouvant atteindre 60%, ont été rapportées dans certaines études cas-témoins, mais sont moins robustes. 

Cancer et santé mentale

L’activité physique participe à la prévention de plusieurs cancers. Chez les personnes les plus actives, le risque de cancer du sein et de cancer du côlon est réduit d’environ 10 à 20% par rapport aux personnes les moins actives, selon les études, les niveaux d’activité considérés et les méthodes de mesure.

Ses bénéfices ne s’arrêtent pas à un effet préventif. Pendant et après les traitements, l’activité physique réduit la fatigue, améliore la qualité de vie et aide à préserver les capacités physiques. Après un diagnostic de cancer, une activité régulière est associée à une diminution de la mortalité globale pouvant atteindre 40% selon certaines synthèses. Les données sont particulièrement solides pour les cancers du sein et colorectal. Une méta-analyse de survivants de cancers du sein et colorectal retrouvait par exemple qu’une augmentation de 150 minutes hebdomadaires d’activité modérée était associée à une réduction de 24% de la mortalité totale dans le cancer du sein et de 28% dans le cancer colorectal. Ces données sont essentiellement observationnelles : elles constituent un argument clinique majeur, tout en ne permettant pas d’attribuer à l’activité physique seule l’intégralité de la différence pronostique observée.

L’activité physique est également un outil de santé mentale. Pratiquée régulièrement, elle diminue les symptômes anxieux et dépressifs, améliore le bien-être et la qualité du sommeil. L’OMS reconnaît ses effets sur la santé mentale, la cognition et le sommeil.

Dans les épisodes dépressifs légers à modérés, une activité physique structurée et accompagnée peut faire partie des options de première ligne, en fonction de la sévérité, des préférences de la personne, de l’accessibilité et du risque suicidaire. Le message ne doit jamais devenir une injonction culpabilisante : il s’agit de proposer une intervention graduée, réaliste et adaptée, éventuellement articulée à une psychothérapie, à un traitement médicamenteux ou à une prise en charge spécialisée selon la situation clinique.

Préserver l’autonomie

Chez la personne âgée, l’activité physique ne consiste pas seulement à « faire marcher ». Elle permet de conserver la force musculaire, l’équilibre, la vitesse de marche et la confiance dans les déplacements.

Les programmes d’exercices réduisent le taux de chutes d’environ 23% chez les personnes âgées vivant à domicile. Les programmes combinant travail de l’équilibre, renforcement musculaire et mouvements fonctionnels sont particulièrement efficaces.

Au-delà de la prévention des chutes, l’activité physique contribue à retarder l’entrée dans la dépendance. Elle entretient les capacités nécessaires pour vivre chez soi : se lever d’une chaise, monter un escalier, porter ses courses, sortir, conserver une vie sociale et poursuivre ses activités quotidiennes.

Pour une personne fragile, l’objectif n’est pas la performance. Il peut être de retrouver la capacité de sortir de chez soi, de marcher jusqu’à une boulangerie, de monter quelques marches sans crainte, de jardiner à nouveau ou de participer à une activité collective.

Une intervention thérapeutique holistique

L’activité physique n’est pas un supplément de confort ni un simple conseil de bonne hygiène de vie. C’est une intervention thérapeutique à part entière, utile dans la prévention comme dans le traitement des maladies chroniques.

L’OMS recommande aux adultes une activité hebdomadaire de 150 à 300 minutes aérobique d’intensité modérée. Cela correspond à pratiquer pendant une trentaine de minutes par jour une activité, quelle qu’elle soit, qui causera un essoufflement et une transpiration, mais lors de laquelle la conversation restera toujours possible. Notre rôle n’est donc pas de demander à tous nos patients de courir un marathon. Il est de leur permettre de faire un premier pas, puis un deuxième : marcher davantage, reprendre le vélo, sortir régulièrement, rejoindre un groupe, retrouver une activité qu’ils aiment.

Prescrire l’activité physique, c’est souvent prescrire davantage qu’un exercice : de l’autonomie, du lien social, du plaisir, de la confiance et des années de vie en bonne santé.

 

Sources majeures à consulter : 

Anses. Actualisation des repères du PNNS – Révisions des repères relatifs à l’activité physique et à la sédentarité. Maisons-Alfort; 2016. https://www.anses.fr/system/files/NUT2012SA0155Ra.pdf 

Inserm. Activité physique : Prévention et traitement des maladies chroniques. Collection Expertise collective. Montrouge: EDP Sciences ; 2019. http://hdl.handle.net/10608/9690 

 

Cet article est le premier d’une série sur l’activité physique comme outil thérapeutique. Pour en savoir plus, consultez les ressources des Journées Médicales Havraises de 2026, ainsi que leurs « fiches mémo ». N’hésitez pas à vous inscrire dès maintenant à la soirée pratique pluri-professionnelle du 12 novembre 2026 pour vous entrainer à prescrire et accompagner l’activité physique. 

Dr Matthieu BLONDET, Médecin généraliste et vice-président de la CPTS Grand Havre & Mme Noémie CADIOU, Chargée de projet santé active et environnementale, CPTS Grand Havre