Avec ce panorama, poursuivons la découverte de ces personnalités marquantes du XVIIème siècle dont les travaux sont principalement orientés vers les sciences fondamentales, les sciences de la vie et de la terre, comme le lycéen actuel les étudie sous ce nom.

Contrairement au XVIIème siècle où la philosophie, avec Descartes et Pascal en particulier, avait une place importante, les personnalités composant ce 2ème tableau, libérées des tutelles intellectuelles et guidées par le seul raisonnement scientifique, sont avant tout des scientifiques, médecins, physiciens et inventeurs libérés. Leurs découvertes, à partir de cette période, se succèderont à un rythme inédit et impressionnant.

MALPIGHI Marcello (1628/1694, Rome) – médecin naturaliste

Etudes de philosophie à Bologne, puis de médecine avec expérimentations selon les méthodes de HARVEY.

1653 : Doctorat de médecine – Professeur à l’Université de Pise en 1656 – Retour à Bologne pour dissections et vivisections.  En 1657, il démontre que le cœur n’est qu’un muscle sans « fonction glandulaire » secrétant la pneuma (souffle ou esprit) – 1659, description structurelle de la rate, observation des globules rouges dans les capillaires – 1661, à l’aide du microscope, description des capillaires et de la structure du tissu pulmonaire, bronchique et vasculaire à la fois.

Nombreuses descriptions tissulaires (langue, la peau, les acini, les reins et leur structure filtrante, le foie, etc.)

Grâce encore au microscope (avec des grossissements de 200 à 270 fois pour les meilleurs microscopes), il ouvre de nouveaux champs d’exploration du vivant.

Ses travaux lui vaudront de nombreuses critiques des partisans du dogme galénique.

Ses découvertes, descriptions et méthodes, permettent de comprendre cette nouvelle anatomie microscopique qui explique les structures fonctionnelles des organes.

Il est le fondateur de l’HISTOLOGIE.

Principales structures portant son nom : le tube de M., les cellules de M., l’épithélium malpighien (peau, les orifices naturels), les corpuscules de M. (glomérules)


HUYGENS Christian (1629/1695 – La Haye) – astronome, mathématicien et physicien.

Dans ces trois domaines, il excelle

1655 :  télescope, avec son frère – Alter ego de Galilée, il décrit 6 planètes et découvre TITAN, le plus grand satellite de Saturne.

Calcul des probabilités, calcul infinitésimal.

Etudes et lois sur les chocs, instruments de projection (1659), pendule oscillant, étude de la force centrifuge.

En physique, amélioration de la pompe à air de Boyle.

En mécanique, 1673, travaux avec Denis PAPIN sur un prototype de moteur à combustion interne.

Sur le plan philosophie, il évoque que d’autres planètes soient le siège de la vie, ailleurs que sur la planète Terre de création divine.

Il mène une fin de vie solitaire.


VAN LEEUWENHOEKE Antoni (1632 -Delft / 1723) – commerçant drapier, les loupes permettant le décompte des fils des draps attirèrent son attention.

Sans formation scientifique, sa curiosité lui fait découvrir des faits naturels inattendus, comme l’effet grossissant d’une goutte miel dans une alvéole de plaque de cire.

Il se lance dans l’élaboration de microscope à lentille simple et unique. Les meilleurs de ses microscopes grossissaient jusqu’à 300 fois, grâce à l’amélioration du polissage, du soufflage du verre, avec la technique de la goutte de verre fondu d’environ 1.3 mm. Aucun de ces instruments n’aurait été vendu. Il les offrait.

Ainsi furent découverts : protozoaires dénommés animalcules, spermatozoïdes, structures botaniques, étude d’insectes, éléments importants mais inachevés sur la notion de reproduction sexuée, donc non créationniste.

Sans diplôme scientifique, il fut qualifié « d’amateur sans dignité scientifique » (V. CARUS 1823/1903, J. VON SACHS 1832/1897), mais en 1691, LEIBNITZ avait été élogieux sur son parcours « J’aime mieux un VAN LEEUWENHOEKE qui me dit ce qu’il voit, qu’un cartésien qui me dit ce qu’il pense ». (la critique était déjà acerbe à cette époque)


HOOKE Robert (1635 / 1703), une des plus grandes personnalités anglaises de cette nouvelle période moderne. Sur le plan biologique, grâce au microscope, il fait la première description d’une cellule dont l’importance s’imposera 2 siècles plus tard.

Scientifique pluridisciplinaire (architecture, astronomie, chimie, mathématicien, mécanique et physique), on le nomme le Léonard d’Angleterre.

Mesure des distances des étoiles, observation : des taches solaires, de Jupiter et Saturne – 1673, mise au point d’un télescope -1672/1674, publication sur l’orbite elliptique de la terre autour du soleil – 1678, loi sur les mouvements planétaires – loi du carré inverse et conflit avec Newton en 1687.

En optique, mise au point d’un microscope composé jusqu’à 3 lentilles.

En horlogerie et mécanique : le joint universel de HOOKE pour transmettre des mouvements dans différents plans de l’espace – 1657, travaux sur le chronométrage, balancier, échappement à ancre permettant d’entretenir et de compter les oscillations du pendule, améliorant la mesure du temps indispensable dans différentes expériences.

Enfin, cet homme secret et irascible, dont aucun portrait officiel n’est connu, fut un artisan de la reconstruction de Londres et des travaux sur la cathédrale Saint Paul après le grand incendie de 1666.


NEWTON Isaac (1642/1727) – astronome, chimiste, physicien, mathématicien, philosophe et théologien.

Après une jeunesse mouvementée, avec le remariage de sa mère et son enfance chez les grands-parents, son caractère anxieux, égocentrique, le pousse à toujours prouver sa supériorité à l’égard de potentiels rivaux.

1661 : Cambridge – il s’imprègne de publications de Descartes, Galilée, Boyle et des nouveaux scientifiques ;

1663 : calcul infinitésimal – 1665 : bachelier, puis, en raison de la peste en Angleterre et la fermeture de l’université, il travaille seul en mathématique, physique et optique, domaines où il réalise de grands progrès.

1666 : fonction dérivable – 1669 : traité sur les fondements du calcul infinitésimal, base de l’analyse mathématique moderne.

A 29 ans, entrée à la Royal Society et mise au point d’un télescope.

1675 : travaux sur la lumière et le spectre de celle-ci – 1687 :  principe mathématique de la philosophie. Il s’appuie sur les lois du mouvement et de la gravité pour expliquer la rotation des planètes autour du soleil avec la théorie de l’attraction universelle.

Savant solitaire et tourmenté, bourreau de travail, ses travaux sont publiés tardivement, il est en conflit avec ses collègues, avec HOOKE, sur la théorie de la lumière et la théorie de la gravitation. En conflit également avec Leibnitz sur la paternité du calcul infinitésimal. Mais il semble historiquement que leurs travaux aient été développés indépendamment, écartant l’hypothèse d’un plagiat.

A partir de 1693, épuisé par un travail incessant, négligeant alimentation et sommeil, il présente des épisodes psychiatriques avec prostration et paranoïa.

En 1696, démission de Cambridge, il devient directeur de la Maison de la Monnaie pour lutter contre les contrefaçons et la fraude, à l’époque passible de peine de mort.

1704 : travaux sur la lumière

Fin de vie consacrée à la théologie, histoire des prophéties bibliques et religieuses.

Funérailles grandioses à Westminster en 1727.


LEIBNITZ Gottfried Wilhelm (1646 /1716 – Hanovre) – Esprit polymathe : droit (doctorat en 1667), mathématique, physique, philosophie – baccalauréat en 1663.

Voyages en Europe, rencontres avec des scientifiques avec lesquels il « s’initie » aux mathématiques (Paris 1672/76) et travaille sur le calcul infinitésimal – 1673, Royal Society. Travailleur infatigable, voulant exceller dans tous les domaines (philosophie, politique et sciences), peu éloquent, mais parlant de nombreuses langues européennes, mais aussi le russe et le chinois, l’hébreu et le latin, il était considéré comme une encyclopédie vivante.

Luthérien, il fréquentait aussi les cercles catholiques et rêvait de réunir les deux Eglises.

Sa correspondance fut considérable pendant 50 ans, avec 20 000 lettres à 1 000 correspondants différents de 16 pays. Rédaction de 50 000 textes.  Concevant les pensées comme des combinaisons de réflexions de base, il est avec Descartes et Spinoza, un des principaux représentants du RATIONALISME de l’époque moderne.

Sans être médecin, ses recommandations étaient d’une grande perspicacité.

1691 : promotion de l’IPECA CUANA dans la dysenterie. Organisation d’une médecine préventive et des mesures à prendre en cas de maladie épidémique.

Mort à Hanovre où il résida de 1676 à 1716. Funérailles sans cérémonie officielle.


A cette époque des Lumières, où brillaient ces grands penseurs par leur renommée et leurs conceptions nouvelles qu’elles soient scientifiques ou philosophiques, ces personnalités ont influé manifestement sur le monde des sciences, mais aussi sur la médecine qui leur est redevable dans de multiples domaines, grâce à des théories modernes et à un nouveau mode de pensée.

Leurs découvertes et leurs positions ont indirectement modifié le raisonnement médical comme le concevait d’ailleurs LEIBNITZ.

Celui-ci, curieux de biologie grâce à l’avènement du microscope, préconisait pour faire progresser la médecine de favoriser la recherche et la diffusion des résultats. Tout diagnostic raisonné devait être préalable au traitement, l’analyse rationnelle des symptômes et l’évolution de la maladie devaient être consignées ainsi que les réactions au traitement.

Enfin, il insistait sur la nécessité de divulguer les informations concernant les cas cliniques intéressants.

De la part d’un scientifique, c’était avant l’heure, une démarche visionnaire pour nous médecins.

Michel LEBRETON

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