Commence alors une période toute différente, même si l’ascension du Général, puis Consul Bonaparte et l’épopée impériale napoléonienne ne furent pas un long fleuve tranquille.

Bien au contraire, avec un bilan humain où se comptèrent par milliers, les victimes en Europe, des guerres successives, cette époque ne ramena pas encore la paix espérée.

Sur le plan historique, rappelons quelques repères chronologiques depuis 1795 jusqu’à la mort de Napoléon en 1821.

Quelques dates pour rappeler les différents changements qui se sont succédés en France /

  • 1794, après l’élimination de milliers de suspects sur l’échafaud, la victoire de Fleurus qui avait sauvé la Révolution, ne justifiait plus la poursuite de la Terreur. Les Thermidoriens libéraient les derniers suspects, arrêtaient Robespierre et mettaient fin à cette Terreur.
  • Soulagement dans tout le pays. Liberté des cultes rétablie. Mise en place du Directoire avec deux conseils (les « Cinq cents » et le Conseil des Anciens) et cinq personnalités exerçant le pouvoir exécutif.

Le climat d’apaisement général favorisait l’effervescence intellectuelle.

Mais, face aux coalitions étrangères (il y en eut six), un homme fort va s’imposer.

Avec ses premiers exploits militaires et son sens stratégique politique, Bonaparte semble tout désigné.

Une chronique ultérieure reviendra sur sa biographie, et le dossier Napoléon sera abordé avec le diagnostic rétrospectif sur ses capacités psychiques et physiques étonnantes, étudiées par de nombreux historiens et spécialistes, au fil du temps.

Son statut de héros militaire et sa personnalité en ont fait un personnage illustre de l’histoire, suscitant autant l’admiration que les critiques de ses détracteurs plus nuancés, voire sévères à son égard en étudiant son profil psychologique.

Et au Havre ?
  • Destitution et emprisonnement des religieuses hospitalières. Société populaire d’Ingouville. Le Havre est appelé « Le Havre Marat »
  • Fête de l’affranchissement des noirs
  • Bureau de bienfaisance dit « de la miséricorde »
  • Le Havre devient sous-préfecture ; Création de la bibliothèque municipale
  • Ouverture d’une crèche
  • Retour des religieuses de St Thomas de Villeneuve.

Premier passage de Bonaparte au Havre.

  • Au décès du Dr Perrière, médecin hospitalier, c’est le Dr Foubert de Paris qui lui succède, avec un traitement de 200 Francs par an, puis 1200 Francs en 1817. Il démissionne en 1822. Parmi les trois candidats à sa succession, c’est le Dr Suriray qui est nommé par le préfet. Nous reviendrons sur l’organisation du corps médical hospitalier dans d’autres rubriques.

Ainsi, dans cette France napoléonienne conquérante face aux coalitions successives, les citoyens allaient devoir supporter les conséquences économiques, démographiques et politiques des guerres napoléoniennes.

De son côté, la médecine en France allait connaître également de grands changements, la projetant peu à peu vers une médecine rationnelle, s’appuyant évidemment sur des conceptions parfois différentes les unes des autres, mais rarement dogmatiques et exigeant de leurs promoteurs des arguments, des vérifications méthodiques et le contrôle par l’autopsie de plus en plus utilisée.

Aucun des auteurs de ces concepts médicaux ne refusait l’affrontement souvent vigoureux, jusqu’à la rivalité, de leurs idées et théories.

Seront donc successivement abordés :

  • La médecine et chirurgie militaire, avec ses principaux représentants, Larrey, Percy, Desgenettes, sur les champs de bataille et au chevet des blessés et des invalides.
  • Les conceptions nouvelles permettant d’établir le diagnostic médical, indispensable à la mise en place des soins et traitements de cette période.
  • Les biographies des grandes figures médicales et chirurgicales qui ont permis de faire progresser cette étape essentielle qui est le diagnostic.
  • Les théories permettant la compréhension anatomo-physio-pathologique des maladies.

Dans ce domaine, ont succédé à X. Bichat (1771/1802), ses confrères Laennec (1781/1826), Corvisart (1755/1821), Bretonneau (1778/1862), et d’autres célèbres cliniciens de ce début de XIXème siècle qui firent briller la médecine française.

  • Impossible évidemment de négliger la révolution que constituaient les outils indispensables de l’examen clinique devenu une étape de première importance permettant des diagnostics de moins en moins aléatoires.
    • Une conduite méthodique de l’interrogatoire
    • L’examen physique au lit du malade
    • La percussion suite aux observations et travaux de L. Avenbruger (1722/1809)
    • L’auscultation dont Laennec fut le grand promoteur avec son stéthoscope.
    • La prise de température peu à peu utilisée, mais souvent raillée à ses débuts.
    • L’enseignement au lit du malade, mis en valeur par Dubois de Rochefort (1756/1837), seul à donner des leçons à Paris au lit du malade. Après la réorganisation des écoles de santé en 1794, Corvisart, un des créateurs de l’anatomo-clinique et de la cardiologie moderne, pratiquait l’enseignement au lit du malade à l’hôpital de la Charité, tout comme Desault, en chirurgie à l’Hôtel Dieu. 

Ainsi, ce XIXème siècle sera celui des grands cliniciens. L’enseignement du raisonnement diagnostic, avec l’enseignement clinique et la leçon clinique au lit du malade, permettait des progrès considérables en médecine.

Les cliniciens du XIXème siècle prenaient leur distance avec une « nosographie philosophique et dogmatique ». On comprend ainsi la concurrence, voire la rivalité, qui opposait encore Broussais (tenant de la médecin physiologique) et Laennec avec sa conception spécifique des maladies. C’est ce dernier qui l’emportera avec ses observations sur la tuberculose, mais aussi Bretonneau qui s’impose également avec ses études documentées, autopsies à l’appui, sur la typhoïde.

C’est donc la méthode anatomo-clinique, avec Morgagni, Bichat, Laennec, Corvisart, Bretonneau, qui va guider les cliniciens de l’époque.

La description des lésions devait donc précéder celle des symptômes et expliquer par leur nature, la description sémiologique (exemple : alvéolite fibrineuse = râle crépitant).

Cette sémiologie plus précise allait permettre le diagnostic, la discussion du diagnostic différentiel et ainsi conduire à une méthode d’examen clinique rationnelle, sans oublier le flair clinique qui faisait la réputation des grands cliniciens, avec aussi sa marge possible d’erreur.

A l’issue de l’examen, au moment du verdict diagnostique clinique, émergeait alors la discussion de ce diagnostic avec ses signes pathognomoniques, ses signes mineurs et enfin le diagnostic différentiel.

C’est, pour cette période, la victoire de la clinique !

Dr Michel LEBRETON


Bibliographie :

  • Regards sur 4 siècles de vie hospitalière au Havre – Philippe Manneville
  • Histoire du diagnostic médical – R. Villey – Ed Masson
  • Histoire de France – Tome II – J. Boudet – Ed Bordas
  • Les grandes dates de l’histoire de France – A. Larané – Ed Librio
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