Que ce soit ou non ARCHIMEDE (-287/-212 av.JC) qui ait crié le premier (en grec ancien « j’ai trouvé »), lors de sa découverte de la poussée hydrostatique qui porte son nom, il est indiscutable qu’au cours de l’histoire d’innombrables scientifiques de différentes disciplines ont pu, eux aussi, exulter en réalisant que leurs recherches étaient enfin couronnées de succès, quelquefois au prix de longs balbutiements, calculs et expériences successives, et aussi grâce à d’heureux hasards ou intuitions.

N’oublions pas également ces chercheurs en échec tout au long de leur carrière, mais dont l’obstination infructueuse et le travail ont fait, malgré tout, progresser leur discipline en vérifiant l’inutilité de certaines voies de recherche qu’on pouvait abandonner.

Dans ce domaine du progrès, qui est continu dans l’histoire de sciences, plusieurs facteurs et conditions sont indispensables à la réussite : un environnement intellectuel, personnel ou ambiant, écoles ou universités avec émulation au sein de celles-ci, des parcours personnels favorables à l’éclosion d’une théorie ou d’une découverte.

Citons comme exemple, André VESALE (1514/64), d’origine bruxelloise, qui évolua dans un milieu familial propice (arrière-grand-père et grand-père médecin, père apothicaire), et après Paris où il séjourna, partit travailler à Padoue dans la République Indépendante de Venise, au sein d’une université réputée, avec une liberté de pensée, protégé des foudres de l’Inquisition instituée à partir de 1231/33 sous Grégoire IX.

Même l’opposition tenace, voire impitoyable, des institutions, abusant de leur autorité, sous forme d’interdits, ou procès pour hérésie, a pu indirectement déclencher et encourager les recherches des esprits scientifiques les plus libres et créatifs qui n’acceptaient pas les théories et conceptions erronées. On peut se féliciter de cette opposition farouche, même si certains y ont perdu leur liberté et même la vie (GALILEE (1564/1642) – Michel SERVET (1511/53) – Jan JESENSKY (1566/1621)).

Quelques portraits de ces personnalités scientifiques courageuses et hors du commun de la Renaissance illustreront plus tard cette période et ces conflits intellectuels féroces.

Dans cette chronique 27, revenons sur ces découvertes qui jalonnent l’histoire de l’Humanité.

Evidemment, la sélection pour résumer une aussi longue liste est bien difficile et expose à la subjectivité. Ce n’est pas un tableau d’honneur du monde de la découverte, mais les progrès en sciences ont toujours fait avancer la médecine et la compréhension du corps humain. Il est donc indispensable de citer ces étapes aussi bien en sciences fondamentales qu’en médecine, et de rappeler qu’existaient de nombreux outils pour les praticiens de ces lointaines périodes.

Oublions un instant notre histoire du Havre et sa région. Deux tableaux résument de façon schématique depuis le Big Bang, il y a 13.8 milliards d’années (MDA), les événements majeurs se succédant, parmi d’autres, dans l’histoire de l’univers et de la terre.

CHRONOLOGIE 1

– 4.6 MDA, système solaire  / – 3.7 MDA, 1ères cellules vivantes /  – 600 Millions d’années (MA), premiers animaux / – 1 MA, Homo erectus, le feu / – 200 000 ans, homo sapiens -Afrique / – 63 000 ans, des radeaux en Asie- Australie, pour migration maritime / – 9 000 ans, les métaux – apparitions des premiers villages / – 3 500 ans, la roue, premier système de numération (sexagésimal, base 60 -Mésopotamie) / – 3 300 ans, écriture – Egypte /  – 2 000 ans, premiers textes médicaux / – 1 200 ans, Traité de diagnostics et pronostics médicaux / – 500 ans, ALCMEON de CROTONE, 1ère dissection humaine, observations sur le cerveau, descriptions de la trompe d’Eustache et nerf optique.

– 460 ans, HIPPOCRATE, Théorie des 4 humeurs et 1ère Ecole de Médecine sur l’ile de Cos, en Grèce. Ethique et Serment d’Hippocrate.

CHRONOLOGIE 2 – Ere Chrétienne

En 23/79 : Pline l’Ancien, auteur d’une HISTOIRE NATURELLE de 37 volumes où il étudie médecine et sciences de la terre.

En 129/216 : Claude Galien, rédacteur de 500 ouvrages : son œuvre est influencée par les conceptions d’Hippocrate et Aristote. Malgré un recours très limité à la dissection, il étudie l’anatomie précisant la circulation sanguine, le système nerveux, étudiant de façon incomplète les paires crâniennes. Ses études anatomiques, avec dissection animale, en particulier des singes magots, furent transposées à l’homme et entraineront de nombreuses erreurs.

Xème siècle : Avicenne, médecin, philosophe. (980 – Ouzbékistan/1037 – Iran). Doué d’une grande mémoire, il étudia d’abord les mathématiques, dépassant rapidement ses maitres, puis la médecine et fut reçu médecin à 16 ans. Il donna des cours à l’hôpital dès 17 ans. Il combine les théories des 4 humeurs et la théorie de l’Ame d’Aristote. Nombreux ouvrages (au moins 160 sont connus). On retient « LE CANON DE LA MEDECINE » ou « LIVRE DES LOIS MEDICALES » et deux encyclopédies, « Livre de la guérison » et « Livre de la science ». Son influence se poursuivra jusqu’au XVIème siècle, avec les premières critiques de Léonard de Vinci et Paracelse.

Considérant que la santé dépend de l’équilibre des 4 humeurs, il s’attache à l’observation des signes cliniques, en particulier :

  • Examen du pouls, identifiant 60 variétés en 10 genres distincts
  • Examen détaillé des urines
  • Etude de divers types de fièvres / pleurésies / méningites
  • Etude de la rage
  • Description de 765 produits « pharmaceutiques » ; recommandations diététiques ; utilisation des lavements, purgations, saignées, sudation et ventouses.

XIVème siècle : premières dissections humaines en Europe à Bologne 1302/ Montpellier 1340 / Paris 1407

XVème siècle : Johannes Gutenberg (1400/1468) – Caractères mobiles en métal permettant à partir de 1439 le développement de l’imprimerie et la diffusion du savoir.

Nous reviendrons sur l’information médicale nécessaire et primordiale pour les médecins de province, risquant d’ignorer progrès et observations faites ailleurs.

Enfin, à l’aube du XVIème siècle, porte d’entrée de notre rubrique d’histoire de la médecine au Havre, on doit souligner la fondation, par François 1er, en mars 1529 du Collège Royal, futur Collège de France. A la chaire de médecine, le premier lecteur nommé fut GUIDO GUIDI, premier médecin de François 1er, remplacé, à la mort de ce dernier par Jacques DUBOIS. Le Collège Royal avait pour but de promouvoir l’humanisme, combattre la sclérose de la Sorbonne et le monopole de l’Eglise sur l’enseignement supérieur depuis la naissance de l’université, 3 siècles plus tôt.

Indépendamment de toute doctrine, théorie imprégnées de philosophie ou symbolisme, ou même encore de convictions religieuses, répertorions les outils médicaux disponibles au fil des époques pour les praticiens.

  • – 7 000 ans : Perceuse (Mehrgat – Pakistan) et foreuse pour soins dentaires
  • – 3 500 ans : Trépanations non exceptionnelles et pratiquées après traumatisme et blessures crâniennes, pour traiter les céphalées et enfin, à la demande de sorciers, pour des troubles mentaux. (Etude de 130 crânes trépanés dans la grotte de Baumes Chaudes (Lozère) dont 70% auraient survécu à l’intervention)
  • – 2 700 ans : première réduction de fracture osseuse en Egypte
  • – 2 600 ans : IMOTEP, suture chirurgicale, pommade
  • – 500 ans : chirurgie du nez et reconstruction par lambeau frontal.
  • – 400 ans : Banc d’Hippocrate pour réduction de fracture /Actuellement, système VaxD assisté par ordinateur
  • En 750 : variolisation (MADHAV ?) et plus tard en Chine au XIème siècle
  • An 1000 : chirurgie de la cataracte – aiguille hypodermique
    • ABULCACIS (936 – Cordoue / 1013), chirurgien de l’Espagne musulmane. On lui doit : pansements, plâtres, catgut, curette, pince, écarteur, scalpel, aiguille à suture, sondes. Il a décrit la ligature vasculaire que popularisera Ambroise PARE.
  • 1025 : AVICENNE : Thermomètre, huiles essentielles, méthode de distillation,
  • 1050 : AVENZOAR : substances anesthésiques. Description de la trachéotomie et expérimentation animale.
  • 1280 : Lunettes de vue, en Italie
  • 1540 : Prothèse de palais, prothèse de main et de jambe – Ambroise PARE

Après ce lointain voyage dans le temps, comme conclusion de cette rubrique, il faut souligner l’importance de la médecine dans l’histoire des hommes. Autrefois sacralisée, la médecine est maintenant technologique. Que ce soit, il y a 5 500 ans avec ces interventions audacieuses de trépanation avec des moyens rudimentaires, des conditions inévitablement périlleuses, et pour nous mystérieuses, ou que ce soit lors des nombreuses épidémies la PESTE (-430, 249, 1347/1352 emportant 30 à 60 % de la population européenne, 1665 à Londres, de 75 à 100 000 morts soit 20% de la ville, 1720 à Marseille faisant 30 à 40 000 victimes) la VARIOLE (165/180, appelée à tort Peste Antonine, hautement mortelle jusqu’à 30% – La variole faisant environ 10 000 morts en Europe, chaque année, jusqu’au XVIIIème siècle), le CHOLERA (au XIXème), la GRIPPE ESPAGNOLE, ravageant les populations et vécues comme des sanctions divines, ou enfin maintenant avec la COVID 19, ses variants, ses vaccins ARN m High Tech, il faut sans cesse mesurer le long parcours des progrès réalisés.

Aussi la médecine ne peut être considérée comme simple technique de plus en plus sophistiquée et les soignants doivent toujours garder à l’esprit ce long cheminement intellectuel qui a permis de passer de l’ART MEDICAL d’autrefois, à cette MEDECINE RATIONNELLE et SCIENTIFIQUE actuelle sur laquelle nous pouvons compter.

Michel LEBRETON

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