« Et la lumière fut » : Simple allusion à la 2ème partie de la locution latine, issue de la Genèse (1-3), ouvrage biblique fondamental pour le Christianisme et le Judaïsme, et dont la rédaction relève d’auteurs variés, parfois méconnus, remettant en cause la notion de l’Auteur Unique.

Avec ce titre, il s’agit d’illustrer le changement radical dans la pensée occidentale, à partir du XVIIème siècle qui permet aux scientifiques, jusque là bien souvent isolés dans leurs disciplines et dans leurs pays respectifs, d’échapper aux dogmes religieux qui régentaient le monde des sciences et interdisaient la remise en question des connaissances erronées, non fondées et malheureusement entretenues par les autorités en place.

Déjà amorcée avec la Renaissance, le XVIIème siècle est une nouvelle ère pour les penseurs et les scientifiques.

Parmi eux, René DESCARTES, scientifique et philosophe, entrainera ses contemporains à remettre en question ce qui semble trop souvent aller de soi. Aux siècles des Lumières (XVII et XVIIème siècles), c’est donc le combat de la liberté de pensée face aux pouvoirs politiques et religieux qui encadraient la société et la pensée en général. Cette liberté de pensée doit inciter chacun à concevoir sa propre opinion sur le Monde et l’état de la société. Pour les scientifiques qui osent rédiger leurs travaux et les publier, et qui mènent librement leurs expériences apportant les preuves indispensables de leur découverte, c’est une véritable révolution pour l’époque.

Voyons, chronologiquement, qui sont, dès le XVIIème, les dignes successeurs des personnalités citées dans les précédentes chroniques. Leurs travaux et découvertes remarquables pour l’époque, l’étaient aussi pour l’audace de leur démarche, souvent à contre-courant, comme ce fut le cas pour ABULCASIS, Michel SERVET, COPERNIC, GALILEE et d’autres…

PANORAMA CHRONOLOGIQUE DES MEDECINS PHILOSOPHES ET SCIENTIFIQUES DU XVIIème SIECLE

Si le XVIème siècle fut marqué en médecine par l’essor de l’anatomie devenue précise et incontestée grâce à la dissection, c’est au tour de la PHYSIOLOGIE d’être au premier plan au XVIIème.

William HARVEY (1er avril 1578 / 1657) – médecin anglais, doctorat à 24 ans.  Cambridge. Padoue. Etudes d’anatomie et physiologie auprès du Pr. F. d’ACQUAPENDANTE, avec lequel il est sensibilisé au problème de la circulation sanguine.

Il effectue des études quantitatives sur le travail cardiaque, les contractions du cœur, la systole, observant le rythme des battements à 72 de moyenne, le brassage de 259 kg de sang par heure, impliquant une rotation du sang dans le corps et enfin, l’absence de passage inter-ventriculaire. Il a effectué, dans sa carrière, environ 40 dissections y compris dans sa famille (son père, sa sœur) et des amis.

Ce travail parait en 1628 « DE MOTU CORDIS »

Cette théorie de la circulation sanguine présente encore quelques lacunes avec l’absence de description des capillaires et de la « petite circulation » pulmonaire, pourtant évoquée et déjà partiellement décrite en 1242 par IBN AL NAFIS, puis Michel SERVET en 1533 qui reprend cette conception avec d’autres anatomistes R. COLOMBO (1520/1559) et A. CESALPINO (1529/1603) à Padoue. Comme nous le verrons plus loin, c’est à M. MALPIGHI que reviendra la description des capillaires.

Cette théorie majeure de W. HARVEY est vivement critiquée par l’anatomiste Jean RIOLAN (1577/1657) et Gui PATIN qui raillent HARVEY en l’appelant « CIRCULATOR », terme qui désignait aussi les médecins itinérants et charlatans du moyen-âge. La saignée, pratiquée selon une codification précise (jusqu’à 53 sites corporels possibles) au plus près de l’organe supposé malade, pour soulager le désordre des humeurs, perdait avec cette théorie nouvelle, sa justification d’élimination du mal puisque le sang avait une circulation rotative.

Malgré les critiques et contestations de sa théorie, elle s’imposera et HARVEY est incontestablement moderne, pionnier par sa « méthodologie scientifique …sa logique rigoureuse et son honnêteté intellectuelle ».

En 1660, sa conception est admise dans un cadre MECANISTE qui fait du cœur une « pompe-machine »


René DESCARTES (31 mars 1596/ 11 février 1650 Stockholm) – mathématicien, géométrie analytique – physicien, optique réfraction – philosophe (1637) Discours de la Méthode.

Influence considérable sur son siècle, mais accusé de soutenir COPERNIC et l’héliocentrisme, suspect d’athéisme, ses adversaires vont souhaiter sa condamnation comme pour Giulio CESARE VANINI (naturaliste philosophe) exécuté en 1619 à Toulouse pour hérésie.

Nombreux déplacements en Europe, menant une vie solitaire. A Amsterdam, il participe à des dissections quand il vivait dans le quartier des Bouchers.

  1. Principe de la philosophie

Fin de vie en Suède auprès de Christine de Suède (1649) et mort suspecte d’empoisonnement. Les français craignaient que son influence cartésienne dissuade la reine (luthérienne) de se convertir au catholicisme. Le retour de sa dépouille, de la Suède jusqu’au Panthéon, plus tard, fut émaillé de péripéties.

DESCARTES était considéré, au XIX et XXème siècles, comme le chantre de la pensée française, et pour ALAIN, celui de la liberté de pensée. Il fut au cœur de la controverse entre les deux systèmes du monde (Géocentrique religieux et créationniste / Héliocentrique, scientifique).

Avec DESCARTES, les sciences sont crédibles et deviennent des disciplines autonomes. Il publie en 1619/20 et 1626/28 des règles pour la direction de l’esprit :

  • Déduction et intuition doivent contribuer à la réflexion, dans les processus d’analyse, d’observation, de raisonnement jusqu’à la synthèse.
  • Le doute méthodique doit être cultivé afin de remettre en question l’acquis de nos différentes éducations

En résumé : « SI JE DOUTE, JE PENSE DONC JE SUIS ».

Dans le domaine des sciences et de la médecine, ces directives sont éminemment fondamentales et indispensables à tout progrès. Pour éviter tout procès, comme GALILEE ou Giordano BRUNO, philosophe dominicain, brulé en 1600 pour hérésie, DESCARTES ne signait pas toujours ses écrits et les publiait prudemment à l’étranger car l’époque était encore risquée pour qui voulait penser en dehors des concepts autorisés.


BLAISE PASCAL (19 juin 1629 Clermont Ferrand/aout 1662 Paris) – Mathématicien précoce, à 16 ans géométrie projective /  à 19 ans, machine à calcul / 1654, calcul des probabilités – Physicien, presse hydraulique – Moraliste et philosophe influent sur son temps comme le fut DESCARTES.

1654 – Après une expérience mystique, rédaction des Provinciales et Pensées (1670)

PASCAL est guidé par deux influences, le JANSENISME, avec des séjours à Port Royal et d’autre part la maladie qui l’handicapera au quotidien.

Sa pathologie personnelle a intrigué et passionné nombre de curieux comme, à Rouen, à l’heure de leur retraite, les Pr. Max Dordain et Robert Dailly, qui ont recherché en 1970 et enquêté sur la vie de PASCAL. Ils ont retenu l’hypothèse d’une insuffisance rénale chronique, maladie polykystique, et lésions vasculaires cérébrales en voie de complications thrombotiques, expliquant ainsi nombre des signes fonctionnels de PASCAL (douleurs abdominales, céphalées, convulsions et troubles vasculaires périphériques avec ischémie des extrémités). Tableau entrant dans le cadre de dystrophie vasculaire congénitale.


ET AU HAVRE DE GRACE ? que se passe-t-il au XVIème et XVIIème siècle ?

Rappelons quelques repères :

1524 :  environ 600 hab.

1550 : 6 000 résidents

1541 : les élus désignent le Sieur Nicolas DANY en qualité de médecin pensionné

1556 : édification d’un humble Hôtel-Dieu au lieu des Barres (approximativement actuelle école Dauphine), premier établissement créé grâce à des donations privées, détruit lors du siège du Havre en 1562/63, reconstruit rue du grand croissant (actuelle rue de Bretagne)

1587 :  on note un médecin, un chirurgien dit dangereux car au contact des malades contagieux, subissant un isolement jusqu’à 6 semaines après la guérison, un apothicaire et des juges de santé lors des épidémies et des contrôles de navires.

1591 : transfert de l’Hôtel-Dieu au quai aux Videcoqs, proche des remparts, près de la porte d’Ingouville (au Nord), et comportant une chapelle et une cour.

1601 : 10 275 hab.

1626 : bâtiment et chapelle au Pré de Santé de Saint Roch

1669 : 16 mai, décret de création d’un Hôpital Général au Havre, dans le cadre de l’édit du 14 juin 1662 qui correspond à la politique officielle d’abord à Paris, dès 1622, puis étendue au royaume avec la création d’une trentaine d’hôpitaux pour la France, à l’adresse des mendiants, pauvres, enfants abandonnés, filles perdues, vénériens, fous.

1669 : 30 mai, cession de l’Hôtel-Dieu à la Marine sous l’impulsion de RICHELIEU et COLBERT. Ils projettent de faire du Havre un grand port militaire avec arsenal proche des bassins à flot. C’est donc l’emplacement de l’Hôtel-Dieu qui est retenu. Un terrain sur la commune d’Ingouville est donc acheté avec le Couvent des Pénitents pour y construire l’HOPITAL GENERAL dénommé DE LA CHARITE SAINT JEAN BAPTISTE.

1670 : l’hôpital s’installe à Ingouville (hors des murs)

1699 :  11 574 hab. (selon Vauban) après avoir atteint 19 250 en 1680 (grande famine en 1693 faisant 1 million de victimes en France).

De 1600 à 1700 : aucune documentation sur le corps médical de l’estuaire et du Havre.

Que pouvait-on espérer dans le domaine des soins à une époque où l’hygiène, dont on reparlera, était défectueuse et avait régressé, par ignorance et conception erronée et rétrograde, aussi bien dans la population modeste que chez les notables.

Les études historiques révèlent déjà la présence de déserts médicaux. Disparité ville/campagne. Peu de médecins diplômés (doctorat), 200 médecins environ sous LOUIS XIV pour 20 millions d’habitants, et exerçant souvent dans les villes.

A l’inverse, un très grand nombre de barbiers, chirurgiens, apothicaires, guérisseurs et autres charlatans délivrant les remèdes pour tout, et vers lesquels se tournait la population, ne requérant le DOCTE MEDECIN que tardivement avec ses remèdes bien incertains et aux résultats décevants. Quant à la diffusion du savoir et des bouleversements scientifiques majeurs de cette époque, malgré l’imprimerie, elle restait problématique.

La presse médicale ne fera son apparition qu’en 1679 : première revue médicale du chirurgien du roi, Nicolas DE BLEGNY, avec le « JOURNAL DES DECOUVERTES SUR TOUTES LES PARTIES DE LA MEDECINE », puis de 1695 à 1709, « LE PROGRES DE LA MEDECINE », simples dossiers d’observation de Claude BRUNET.

Comme cette rubrique l’a mis en évidence, ce XVIIème siècle fut celui des héritiers de COPERNIC, GALILEE, KEPLER. Nous poursuivrons prochainement ce panorama avec les médecins du XVIIème et leurs contemporains qui, en sciences fondamentales, ont ouvert de nouveaux champs d’exploration sur la nature, l’Homme et son environnement.

Michel LEBRETON

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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