2020. Dans les prochains numéros, nous verrons comment s’organise peu à peu la vie communautaire du HAVRE DE GRACE.

Nous avons vu quelles conditions sanitaires étaient observées avec l’urbanisme du XVIème siècle et ses problèmes ; avec l’hygiène précaire et sommaire dans les maisons des deux quartiers, NOTRE DAME et SAINT FRANCOIS ; les nuisances en tout genre et nauséabondes des rues de l’époque ; l’absence de règlement sur l’hygiène publique ; les risques inhérents aux travaux pour les nombreux ouvriers attachés à la construction du port, et souvent très mal logés et à la plaine marécageuse vectrice de pathologies infectieuses que, ni l’ignorance des mécanismes de contagion, ni l’absence de traitement anti-infectieux, ne pouvaient contrarier.

Nous avons déjà signalé au précédent numéro une épidémie de MALARIA en 1517 chez les ouvriers du port

En FRANCE, se succèdent, au XIIème siècle, la LÈPRE, au XIVème, la PESTE, au XVème, la GRANDE VÉROLE, introduite aux retours des expéditions aux Amériques, au XVIème, le TYPHUS, bien décrit par A. PARÉ, et pour lequel Ch. NICOLLE, en 1909, à Tunis, découvrira le rôle du pou dans la transmission.

En NORMANDIE, comme ailleurs, la PESTE NOIRE fait des ravages dès le XIVème siècle et cela jusqu’au XVIIIème, de façon épidémique.

Nous consacrerons un article particulier aux épidémies et fléaux touchant notre territoire dans une autre rubrique.

Concernant les pathologies « classiques » que nous savons identifier à notre époque, nous ne disposons d’aucun document permettant de préciser l’épidémiologie des affections traitées à partir du XVIème siècle au Havre.

Je me permets de vous laisser extrapoler et en tout état de cause, réfléchir sur les chiffres suivants concernant la MORTALITÉ lors d’une étude en 1876 par le Dr AD LECADRE, médecin des épidémies. (Constitution et statistiques. Recueil des publications de la SOCIÉTÉ NATIONALE HAVRAISE d’études diverses – (1876 – Ed. BAILLIERE & fils, libraires de l’académie nationale de médecine) Découverte dans les rayons de la Bibliothèque Armand Salacrou, au Havre

Pour une population au HAVRE de 85 538 habitants, avec une forte colonie bretonne, des alsaciens, anglais, américains, allemands, on note, pour une année :

  • 2900 naissances, pratiquement autant de filles et garçons
  • 819 mariages (…dont deux jeunes hommes de moins de 35 ans épousant deux veuves de plus de 60 ans..SIC)

Plusieurs tableaux de cette étude montrent :

  1. 1546 décès masculins pour 1305 féminins
  2. Autant de décès chez les filles et les garçons dans les 7 premiers jours de vie – forte mortalité en août par ENTÉRITE INFANTILE. Mais au terme, des 12 premiers mois, 386 décès masculins pour 309 féminins
  1. Au-delà de la 1ère année, on observe sur ces registres :
  • 2 décès de femmes de plus de 90 ans (aucun homme)
  • De 1 an à 40 ans, des nombres de décès comparables dans les deux sexes
  • Une prépondérance de décès masculin entre 40 et 70 ans, répartis par décennie de la façon suivante :

  • Hommes mariés : décès 408 – femmes mariées : décès 289

Au registre de l’étiologie de ces décès, on retrouve, pour cette population civile :

  1. 754 maladies chroniques (diagnostic ?)
  2. 470 PHTISIE PULMONAIRE / 250 PNEUMONIE
  3. 457 ENTÉRITE INFANTILE (surtout dans les 12 premiers mois)
  4. Mort néonatale : 178
  5. MÉNINGITE et CONVULSIONS : 165
  6. BRONCHITE : 115
  7. APOPLEXIE CÉRÉBRALE : 99
  8. EMBOLIE : 10
  9. INFECTIONS contagieuses ou non : Typhoïde : 80 – croup et angine couenneuse : 54 – angine diphtérique : 4 – variole : 34 – rougeole : 30 – coqueluche : 20 – scarlatine : 2 – dysenterie : 9 – RAA : 3 – encéphalite :10 – endocardite : 6 – érysipèle : 13 – tétanos : 4 – myélite : 5 – infection purulente : 7
  1. FIÈVRE adynamique : 3 – F. intermittente : 1 – F. muqueuse : 2 – F. pernicieuse : 4
  2. FIÈVRE puerpérale : 12 / suite de couche : 1 / éclampsie : 2
  3. PATHOLOGIES CHIRURGICALES ET DIGESTIVES : Hématémèse : 1 – Hernie étranglée : 4 – Maladies chirurgicales (diagnostic ?) : 69 – perforation intestinale : 1 – ulcération gastro-intestinale : 4
  1. ACCIDENTS : 17 – MEURTRE : 1 – NOYADES (asphyxie par submersion, terminologie de l’époque) : 32 – ALCOOLISME : 18 – SUICIDES : 14 – PHLÉBITE : 1 (seulement ?)

La tranche d’âge 45/50 ans montre 76 décès masculins pour seulement 44 chez les femmes qui redoutaient tout autant cette période de ménopause.

Les diagnostics d’INFARCTUS ne figurent pas dans ce panorama. Aucune mention diagnostic de cancer, néoplasme ou tumeur. Pas de pathologie neurologique dégénérative. Pas de pathologie diabétique ou métabolique.

Les maladies chroniques vraisemblablement ces diagnostics non établis.

En dehors de l’alcoolisme mentionné (18 décès), le tabagisme, la surconsommation alimentaire n’avaient pas encore sévi, tout comme les pathologies liées à la vitesse du trafic.

S’il parait difficile d’extrapoler aux siècles précédents, du XVIème au XVIIIème, il est facilement imaginable de voir dans cette étude du Dr LECADRE, un échantillon probablement superposable à ces périodes antérieures, en tenant compte évidemment des connaissances de chaque époque, des outils diagnostics comme seul recours l’observation, le bon sens et l’examen clinique répété.

Aucune étude, en l’absence de diagnostic solide et de nosologie fiable, ne peut donc mieux préciser les pathologies des trois premiers siècles sur le territoire du Havre.

Je vous laisse accomplir ce petit effort pour comprendre la perplexité de nos anciens confrères devant des pathologies auxquelles ils ne pouvaient pas s’opposer, acceptant, résignés, les complications, des évolutions avec séquelles, et pire encore fatales, sauf miracle, laissant alors l’immunité naturelle prendre le relais des traitement symptomatique.

Merci au Dr LECADRE pour cette intéressante étude.

Les prochains numéros évoqueront les pathologies redoutables du XVIème siècle, véritables fléaux pour la population : PESTE et TYPHUS, et bien avant encore la LÈPRE

Michel LEBRETON

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