Chers lecteurs du feuilleton,

Nous avons laissé au précédent numéro le nouveau port de l’estuaire et la cité nouvelle au stade de chantier dont les premiers coups de pioche ont été donné le 16 avril 1517.

Les pionniers sont accourus des régions de BASSE et HAUTE NORMANDIE et parfois de régions voisines comme la BRETAGNE.

Le recrutement des ouvriers se fait par contrainte sur le mode « corvée » (« …faire besogner nos sujets des vicomtés de MONTIVILLIERS, CAUDEBEC et autres régions… pour chaque chef de maison une fois le mois »).

Ce sont des manœuvres, pionniers, ouvriers et contremaîtres, jusqu’à 676 travailleurs en 1518 (précision bien surprenante). Les textes ne mentionnent pas le bilan humain sur ce chantier, victimes ou blessés au travail.

Nous avons évoqué les difficultés techniques (Cf l’Echo du Stétho 12) et financières en raison de la situation économique du royaume en 1517 (guerres en Italie).

On prévoit le remplacement des corvées par des impositions.

Fig1. Entrée du port

En 1518, l’activité est très grande sur le chantier au point de pouvoir accueillir la nef HERMINE (400 tonneaux) puis les vaisseaux PRINCESSE (700 tonneaux) et LOYSE (800 tonneaux).

Le HAVRE DE GRACE remplit ainsi son rôle de port de mer au lieu de simple abri sur l’estuaire de la Seine (fig 1)

Intéressons-nous aussi à la fondation de la cité portuaire. LEURE avait vu sa prospérité augmenter depuis le XIème siècle. Au milieu du XIIIème siècle le village de LEURE compte environ 1200 habitants, puis 1500, cent ans plus tard.

La proximité du rivage expose les habitants de cette paroisse de St NICOLAS aux risques des inondations et tempêtes. Les mêmes dangers menaceront la nouvelle cité du HAVRE DE GRACE.

Le passage de la GRANDE CRIQUE (d’axe sud/ouest sur le plan de 1517) se faisait à marée basse, sur des planches et, à marée haute, sur des barques menés par des passeurs. La maison du PASSEUR (fig2) se trouvait à l’endroit actuel du pont Notre Dame. Le premier pont entre les quartiers NOTRE DAME et SAINT FRANCOIS ne sera construit que sous le règne de CHARLES IX (1550/1574).

Fig2. La maison du passeur

La construction des plus grandes bâtisses comportait des pans de bois sur 3 niveaux avec un léger encorbellement et l’utilisation de tuiles.

Le musée de l’abbaye de GRAVILLE propose de magnifiques maquettes des bâtisses et maisons anciennes du Havre et de la région (à voir).

Voilà pour les éléments topographiques du HAVRE DE GRÂCE avec en 1524, sur le plan de l’époque : une première maison de ville (1519), un grenier à sel, la place du premier marché, la maison de du CHILLOU édifiée en 1520 et rachetée en 1551 pour devenir le premier Hôtel de ville. Des maisons de différents personnages impliqués dans la fondation du Havre, à savoir :

MM d’EMALLEVILLE (écuier-tabellion), d’ESTIMAUVILLE (lieutenant de du CHILOU), FEREY (premier architecte), RAOULLIN (écuier), Pierre LEGER (Maitre charpentier), HARNOIS (avocat), DANIEL (drapier), FREBERT (pionnier sur le port), Jehan LEPREVOST (maire), Jean de MARCEILLES (écuier). Le plan comporte encore des halles, une boucherie et une brasserie.

Pas d’établissement de santé ! Pas déjà.

Le peuplement de cette nouvelle cité est lent, malgré les avantages proposés.

En 1520, lors de sa 1ère visite au Havre, FRANCOIS 1er est satisfait de la progression des travaux portuaires, mais il se montre déçu par l’aspect général de la cité. Le terrain malsain et marécageux n’attire pas la population qui stagne à 600 habitants en 1524, comme résidents permanents.

FRANCOIS 1er renouvelle et étend les avantages offerts aux futurs citoyens pour les attirer vers SA NOUVELLE VILLE.

Les notables ont édifié leur résidence sur les remblais bordant les nouveaux quais alors que le reste de la cité est au niveau de la mer, voire au-dessous, et que les « petites gens » habitent « des CABANES » comme les qualifiait un notable de Rouen en 1530.

L’église (1517), initialement petite chapelle en bois couverte en chaume, à l’endroit de l’actuelle cathédrale Notre Dame, était inondée aux grandes marées et son accès se faisait parfois en barque ou sur des chevaux. Les fidèles se réfugiaient alors sur des bancs pendant les offices (cf Guillaume de MARCEILLES 1530/1600). Cette chapelle est emportée en 1525 par les eaux de la MAL MARÉE.

En 1536, construction d’un édifice religieux avec piliers de pierre, et en 1575, 1ère pierre de la cathédrale actuelle achevée en 1630.

En 1524, l’ouverture vers le SUD de la crique a été comblée ; une ouverture à l’OUEST pour accéder au nouveau port a été réalisée ; deux TOURS dont la tour FRANCOIS 1er au NORD, encadrent le chenal avec deux quais – 60 mètres de long au nord (niveau quai de SOUTHAMPTON actuel) et 50 m au sud correspondant au quai d’ESCALES ;

Ces quais se prolongeaient par des jetées jusqu’aux deux tours.

Ses intrigues immobilières entraîne du CHILOU devant les tribunaux (Cf l’Echo du Stétho 12) et il quitte la ville en 1528. D’autres affairistes véreux sont également condamnés.

En 1541, FRANCOIS 1er décide la création d’un nouveau quartier en raison de l’accroissement de la population.

L’anarchie de la construction du quartier NOTRE DAME le pousse à faire appel à l’architecte italien Jérôme BELLARMATO pour mener à bien la construction des bâtiments, maisons particulières et les indispensables fortifications de la cité. Cette « charge » qui lui est confiée définit un véritable programme d’architecture urbaine

Il décide le réalignement des maisons, des rues, avec rehaussement des quais et comblements des parties basses. La construction du quartier St FRANCOIS s’effectue avec quadrillage des rues bordées de maisons, la réalisation de voies destinées aux futurs égouts et un contrôle de l’esthétique des façades est prévu.

BELLARMATO délègue ses prérogatives à Pierre SANGRIN (maître maçon normand) et à un personnage chargé de l’approvisionnement en matériaux, le Sieur LEPREVOST.

Le plan de HIERONIMUS COCK en 1563 montre une ville en deux parties encloses de fortifications.

A l’ouest, le quartier NOTRE DAME, bâti à l’initiative de du CHILOU et à l’est, le quartier SAINT FRANCOIS, œuvre de BELLARMATO, avec des rues tracées au cordeau. Ce plan montre l’intrication de la ville et du port et l’isolement du HAVRE par rapport aux terrains voisins, marais inhospitaliers jusqu’aux hauteurs boisées (SANVIC et INGOUVILLE).

Sur les pathologies et problèmes sanitaires de l’époque, on peut aisément imaginer, en raison des notions d’hygiène de cette époque, les tableaux cliniques et les divers traumatismes au travail pour les ouvriers du port.

En 1517, il est fait mention de MALARIA parmi les ouvriers qui travaillent aux fondations du port et de la cité.

Nous reviendrons plus tard sur l’urbanisme de la ville et les conditions d’hygiène de l’époque. Mais la situation sanitaire de la ville bâtie au milieu des marais est qualifiée de déplorable et constitue une source permanente de maladies infectieuses quasi – endémiques.

Petite histoire de la MALARIA/PALUDISME à cette époque et de la prise en charge des FIÈVRES

La PYRETOLOGIE étudiait la multitude des formes de fièvres, et on y découvre les nombreuses spéculations des savants de l’époque sur l’origine de ces fièvres.

« … exhalaisons échappées du fond de la terre nouvellement remuée…ouverture des tombeaux…pourriture des cadavres…les astres malfaisants…les fièvres domestiques naissant de nos entrailles… »

Les médecins célèbres (GALIEN. HIPPOCRATE. FERNEL Jean (1497/1558 – célèbre médecin du XVIème siècle, baptisé le Galien moderne). Mais aussi SYDENHAM (1624/1686). VAN HELMONT (1579/1644) et WILLIS (1621/1675)) y allaient à leur époque respective d’explications diverses et surprenantes, impliquant le choc des humeurs, le choc du sang contre l’air, etc.… etc…

Jusqu’au XVIIème, la fièvre était considérée comme maladie autonome. Passons sur le calendrier des différentes fièvres et sur leur interprétation hasardeuse.  On associait également les caractères du pouls avant d’annoncer le diagnostic.

Ces fièvres maladies pouvaient donc être :

« Bilieuse, sanguine, excrémenteuse, acutique, algide, élode, collicative, fricode, synoque, etc.… etc…»

Mais tout ceci semblait avoir un sens lorsque l’on combinait qualification et chronologie de la dite-fièvre.

Quant au traitement ?

Résumons les principes : 

  1. Régime strict de prescription diététique en tout genre, sans écart, au risque d’une rechute funeste inévitable
  2. Impuissance des médicaments, à l’exception du QUINQUINA et du JUS DE FEUILLES DE SAULE
  3. Utilisation
    • d’ARAIGNÉES écrasées sur un linge, en compresse sur le front et les tempes
    • de TESTICULES de vieux coqs absorbés en bouillon
    • de VERS DE TERRE cuits et frictionnés sur le malade
    • de MOUTARDE/ PUNAISES (au moins 7) écrasées et administrées en breuvage
  4. L’inévitable SAIGNÉE (à renouveler et accompagnée de PURGATION, VOMITIF et LAVEMENT)
  5. SAULE à utiliser précocement

La QUINQUINA est introduite en Europe en 1640 à la suite de la guérison de la femme du Comte CINCHON, gouverneur espagnol au Pérou. Elle fut importée par les Jésuites de retour d’Amérique du sud et diffusée plus tard par un apothicaire anglais, Robert TALBOT (1642/1681).

La QUINQUINA fut longtemps le mode d’administration de la QUININE isolée en 1620 par PELLETIER et CAVENTOU.

Au HAVRE, au XVIème siècle, les fièvres avaient ces remèdes ancestraux……ou rien !

A suivre ….

Michel LEBRETON

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