Quand un de nos ancêtres Hominidés, du haut de ses 110 cm environ, levait les yeux vers le ciel, était-ce pour se guider comme les Rois Mages plus tard, dans ses déplacements nocturnes ou pour admirer le spectacle du ciel étoilé ? Nul ne le sait.

Fut-elle, comme tout être vivant sur terre, parmi les premiers astronomes amateurs ? Tout ce qui concerne la préhistoire peut être facilement démenti, discuté, comme en témoignent les nombreux revirements sur les théories de la généalogie de l’être humain.

Lucy était bipède et grimpait aisément aux arbres.

Les vestiges incomplets de cette célèbre AUSTRALOPITHEQUE, vivant il y a 3,18 millions d’années, découverte à HAFAR, en Ethiopie, en 1974, et connue sous le nom de LUCY (In the sky with diamonds, des Beatles que l’équipe d’anthropologues écoutait alors), constituent le chainon manquant entre le singe et l’Homme. Comme beaucoup d’autres découvertes, que ce soit avant ou après Lucy, d’autres explorations en 2001/2002, au Kenya, ont mis à jour des crânes avec « faciès à visage plat » entretenant une fois de plus les discussions sur les origines de l’Homme et sa filiation.

On admet qu’il y a 2 à 3 millions d’années, 6 types d’hominidés coexistaient en Afrique, dont seul le groupe HOMO est sorti du lot, il y a 2 millions d’années, depuis HOMO HABILIS jusqu’à HOMO SAPIENS dont le volume cérébral s’est brusquement mis à grossir.

Cette introduction sur Lucy et nos ancêtres (écrite avec un peu de légèreté scientifique) nous permet, toutefois de considérer l’ASTRONOMIE comme la plus ancienne discipline scientifique, mais également celle qui a, depuis toujours, le plus stimulé les réflexions de nos ancêtres.

Morte probablement d’une chute à l’âge de 25 ans, Lucy a-t-elle ressenti de l’émerveillement face à l’Etoile Polaire ou à CASSIOPEE, une des 88 constellations visibles dans l’hémisphère nord ?

Etonnamment, l’Ethiopie, en proie par ailleurs à de nombreux problèmes de développement, s’est dotée en 2004 d’un observatoire à 3 200 m d’altitude, loin de toute pollution optique.

Lucy, première astronome d’Ethiopie ?

Pour revenir (ENFIN !) à notre rubrique, il faut donc savoir que l’astronomie constitue un des quatre piliers du QUADRIVIUM (astronomie – arithmétique – géométrie – musique) selon la théorie antique qui était proposée au programme de l’Enseignement et de l’Education jusqu’à la Renaissance.

Distinguons évidemment, astrologie et astronomie.

Si l’Astrologie, imprégnée de symbolisme et négligeant d’innombrables approximations, s’est développée dans le sillage de l’Astronomie pour prévoir les évènements planétaires, les destins personnels, et bien d’autre chose, à l’opposé en ASTRONOMIE grâce :

  • A la mesure du temps (sablier, horloge astronomique de tous genres)
  • Aux appareils de mesure (arbalestrille, triquètre, sphère armillaire, sextant, compas, anneau astronomique)
  • A l’observation à l’œil nu, puis aux lunettes astronomiques
  • Et enfin, au mathématiques fondamentales dans cet univers

ces progrès ont permis d’établir une distinction définitive entre les deux disciplines.

Pourquoi ce préambule ?

Dans l’histoire des sciences et de la médecine, on observe un profil type de médecins et scientifiques. En effet, pour les personnalités de ces disciplines qui ont réellement fait avancer les connaissances jusqu’au XVIème siècle, les médecins avaient, pour un grand nombre, étudié astronomie, mathématiques, et enfin médecine, sans oublier quelques « TOUCHE A TOUT » de génie, savamment appelés POLYMATES, comme ABULCASIS, Léonard DE VINCI, COPERNIC, Michel SERVET et d’autres.

L’exploration de l’Univers, après s’être intéressée à l’infiniment grand avec l’astronomie, s’est focalisée vers l’infiniment petit au profit de la biologie et de la médecine.


PANORAMA DES MEDECINS ET SCIENTIFIQUES DU XVIème

Nicolas COPERNIC (1473/1543 – Pologne) – médecin par dévouement, astronome par passion

  • HELIOCENTRISME (1543) Rotation des planètes sur elles-mêmes et autour du soleil – Condamnation de cette théorie par le pape Paul V

Jacques DUBOIS (1478/1555) – médecin, anatomiste

  • Contestation des publications de VESALE et de la théorie de la circulation sanguine
  • Nomenclature anatomique. Etude sur la lèpre, la peste et la tuberculose
  • Déclaration de l’inutilité de l’astrologie pour les médecins

Jérôme FRACASTOR (1483/1553 – Italie) – médecin, astronome, mathématicien

  • Père de l’épidémiologie
  • 3 livres sur la Syphilis – traitement par le mercure et le bois de Gaïac

Jean FERNEL (1497/1558) – médecin, astronome, mathématicien

  • Livres de physiologie : pathologie et thérapeutique
  • 1er médecin du roi Henri II
  • Baptisé le Galien moderne

PARACELSE – Philippus Auréolus Théophrastus BOMBAST VON HOHENEIM (1493/1541 – Suisse) – alchimiste, médecin

  • En 1525, premier livre d’alchimie, notion du principe actif. Traité sur la Syphilis – étude sur la maladie des mineurs, sur la peste – Balnéothérapie
  • Remise en cause du dogmatisme. Personnage anticonformiste, conteste Avicenne et Galien

Michel SERVET (1511/1553 – Espagne, naturalisé français en 1548, condamné au bucher pour hérésie)

  • Description de la circulation cardio respiratoire avant W. HARVEY au XVIIème
  • Considéré par Jules Michelet comme un des plus érudits de son époque et constitue avec Copernic et Paracelse, le trépied scientifique de la Renaissance.
  • 1553, ouvrage théologique condamné par les catholiques et les réformés

Ambroise PARE (1509/1590) – maître barbier chirurgien en 1536 – Docteur en chirurgie en 1554 – Père de la chirurgie moderne – Chirurgien du roi et des champs de bataille

  • 1540 : prothèse palatine
  • 1552 : ligature vasculaire lors de la bataille de Damvillers
  • 1557 : asticothérapie
  • Publications rédigées en français
  • Ouvrages d’anatomie, de chirurgie et d’obstétrique

André VESALE (1515/1564) – anatomiste flamand, médecin, chirurgien

  • 1543 : traité d’anatomie humaine, moderne, détaillée et fiable
  • Correction de 200 erreurs anatomiques de Galien
  • De humani corporis fabrica : 7 volumes – illustrations du Titien ou de ses élèves / Véronèse
  • 1561 : condamné au bucher par l’Inquisition, la peine est commuée en pèlerinage. Il meurt sur la route du retour (tempête)

Guillaume de BAILLOU (1538/1616) – médecin épidémiologiste

  • Etude des faits, étude sur la coqueluche (1578), fièvre rhumatismale et péricardite.

TYCHO BRAHE (1546/1601) – astronome danois

  • Admirateur de Copernic, il conserve le géocentrisme et met au point un système mixte : géo hélio centrique (la terre est au centre de l’Univers, les autres planètes tournent autour du soleil lui-même en rotation autour de la terre)

GALILEE (1564/1642) – mathématicien, géomètre, physicien, astronome

  • 1593 : thermomètre
  • 1610 : lunette astronomique, découverte d’étoiles (3) autour de Jupiter. Publication du Messager céleste réfutant le géocentrisme.
  • 1632 : L’affaire Galilée : Publication Dialogues sur les deux plus grands systèmes du monde – condamnation
  • 1633 : Inquisition et condamnation à la prison du Saint-Office, puis résidence surveillée jusqu’à sa mort en 1642.

Conséquences : DESCARTES renonce à son Traité du monde et de la lumière où il adhérait à la position de Copernic et Galilée

Johannes KEPLER (1571/1630 – Allemagne) – Astronome, mathématicien

  • Loi de Kepler : mouvement des planètes avec trajectoires elliptiques

Laurent COLOT (1520/1590) – chirurgien lithotomiste

  • Dynastie des Colot avec 8 générations de chirurgiens
  • Depuis Germain Colot qui aurait pratiqué, en 1474, une taille haute sus-pubienne sur un condamné à la pendaison, jusqu’à François Colot, mort en 1706, avant la parution en 1727, de la technique de renommée familiale

De ce panorama, se dégage le profil des pionniers scientifiques qui rompent avec la tradition, observent, critiquent et amorcent la révolution scientifique qui se prolongera au-delà des XVIème et XVIIème siècles à un rythme inédit en Europe. Au-delà de leurs découvertes, les savants de l’époque ont su remettre en question les idées reçues et les dogmes religieux auxquels la pnsée scientifique devait se soumettre jusque-là.

Notons dans ce panorama,

  1. l’absence des femmes
  2. une prise en charge précoce de ces personnalités rapidement repérées pour leurs aptitudes intellectuelles dans des milieux éduqués et cultivés, à l’époque – Milieu aristocratique : Tycho Brahe –  Riche : Fracastor, Copernic, Servet – Petite noblesse (père musicien) : Galilée  – Pauvre : Jacques Dubois (père ouvrier), Paré (père agriculteur, fabricant de coffres – Milieu médical : 3 générations de médecins dans la famille Vésale, Paracelse
  3. Ecoles et collèges sous tutelle religieuse. Précepteurs religieux
  4. Apprentissage du latin et du grec, excepté pour Paré dont l’éducation fut limitée et qui rédigea ses publications en français.
  5. Cursus incluant le Quadrivium déjà cité
  6. enfin, faculté à bouger en France d’une Faculté à l’autre, ou à l’étranger, dans des villes en Suisse, Allemagne et Italie (Padoue – Bologne) renommées pour leur enseignement. En somme Erasmus avant l’heure.

Ainsi pouvons-nous constater à quel point la médecine est redevable des sciences fondamentales et des découvertes successives qui ont permis aux esprits libres, novateurs de faire progresser cette discipline médicale composite, à l’image de la complexité de tout corps vivant. Au Havre de Grâce, comme ailleurs, cette évolution de la pensée scientifique que ce panorama décrit, aura une influence sur l’art médical et la compréhension de l’Etre Humain, son fonctionnement et ses désordres.

Bonnes vacances !

Michel LEBRETON

 


Références :

  • Bill Bryson une histoire de tout ou presque – petite biblio Payot
  • Larousse : Michel Dupont : dictionnaire historique des médecins
  • Site de l’AFU, Association Française d’Urologie, histoire de la Lithotomie
  • Chronologie visuelle de la préhistoire à nos jours – Galimard
  • Culture Générale le Journal – Florence Braunstein & Jean-François Pepin – librairie Vuibert
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