Chers lecteurs de la rubrique HISTOIRE, nous voilà ENFIN au XVIème siècle.

Ce siècle, auquel est attaché l’esprit de la RENAISSANCE, va voir, pour le territoire de l’estuaire que nous étudions, se concrétiser une décision et un grand projet dont nous connaissons l’aboutissement.

Nous sommes donc à l’aube d’un bouleversement majeur à l’embouchure de la Seine.

Résumons rapidement la situation en EUROPE, dans le royaume de France, en NORMANDIE et pour nous, au niveau de l’estuaire de la SEINE.

En EUROPE, de puissants voisins, tel CHARLES QUINT, accèdent au pouvoir. Il est à la tête d’un vaste empire dans le Nouveau Monde.

La France se relève, à partir de 1461, à la mort de CHARLES VII, des conséquences de la guerre de 100 ANS. Il faudra des dizaines d’années pour une longue reconstruction grâce aux conditions favorables offertes par les Seigneurs pour remettre en culture leurs terres et aux baisses temporaires de loyer. La démographie est également favorable.

Louis XI, (roi de France de 1461 à 1483) poursuit cette reprise de l’économie par des exemptions d’impôts, l’amélioration des communications terrestres et des transports ; sa lutte contre les grands féodaux, comme le Duc de BOURGOGNE, lui permet le rattachement de provinces (BOURGOGNE, PICARDIE, ANJOU, MAINE, PROVENCE)

A sa mort, se succèdent à la tête du royaume, CHARLES VIII (1483 – 1498) qui se lance dans les guerres d’ITALIE soldées par l’échec.

Sans héritier vivant, la couronne de FRANCE passe dans la dynastie des VALLOIS d’ORLEANS, avec LOUIS XII (roi de 1498 à 1515). A sa mort, sans héritier mâle, la couronne revient à FRANCOIS Ier (roi de 1515 à 1547). Celui-ci est vite confronté aux conflits en Italie. Le pape, également en conflit avec la France, met sur pied la SAINTE LIGUE regroupant ESPAGNE, SUISSE et ANGLETERRE.

Ainsi, dès son avènement, FRANCOIS Ier reprend la route de l’ITALIE avec la retentissante bataille de MARIGNAN (1515) sur les SUISSES et les MILANAIS. Par la suite, FRANCOIS Ier entame sa longue rivalité avec CHARLES QUINT ponctuée de batailles répétées.

CHARLES QUINT, roi d’ESPAGNE en 1516, puis empereur d’ALLEMAGNE en 1519, constitue une menace d’encerclement permanent.

Dans ce contexte, au début du XVIème siècle, la création d’un grand port sur la SEINE répond à un double impératif, ECONOMIQUE et MILITAIRE. L’avenir économique du port de ROUEN peut être menacé et en amont le ravitaillement de PARIS.

L’essor des ports flamands et hanséatiques complique encore la situation.

La MANCHE, de CHERBOURG au PAS-DE-CALAIS, est devenue la grande route maritime du commerce atlantique. Le grand commerce depuis l’ESPAGNE et la PORTUGAL passe au large de l’estuaire, en direction d’ANVERS.

Les échanges entre ANGLETERRE et FRANCE ont repris à grande échelle, en nombre de bateaux et avec augmentation de leurs tonnages.

Désormais, des navires dépassent 700 tonneaux alors que les bateaux supérieurs à 180 tonneaux ne peuvent remonter la SEINE ou il faut l’équivalent de 3 marrées pour profiter du courant favorable et d’un meilleur tirant d’eau pour relier ROUEN, en évitant les boucles du fleuve difficiles à franchir avec de nombreux échouages.

Comme nous l’avions vu, dans la dernière rubrique, l’ensablement et l’envasement des deux avant-ports traditionnels, HARFLEUR et HONFLEUR, avaient scellé le sort de ces deux sites.

Ainsi tous ces arguments imposent la décision définitive de FRANCOIS Ier qui donne, le 7 février 1517, commission à l’Amiral BONNIVET de créer un « Havre pour tenir en sûreté navires et vaisseaux, et nos sujets naviguant sur la mer océane …. et que le lieu de GRÂCE soit le plus propice et le plus aisé de la CÔTE et PAYS DE CAUX pour aisément arriver et sûrement séjourner… » (Acte de Naissance du Port du Havre).

Désormais, nous allons nous intéresser essentiellement à l’HISTOIRE de la SANTÉ au HAVRE. Nous verrons que la création d’un port et d’une ville portuaire ne pourra se faire sans difficulté, avec des obstacles imprévus et, dans le cas de ce port et cette ville implantée en plein estuaire, les problèmes traumatiques sur ce vaste chantier à risque, les maladies contagieuses et les épidémies compliquant la tâche des ouvriers.

Michel LEBRETON

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