En mai… quand les virus s’en mêlent…

Un point sur 2 épidémies très différentes à virus bien connus…

 

Cas groupés d’infections à Hantavirus Andes sur un navire de croisière

En mai 2026, un foyer d’infections par le virus Andes (ANDV), un hantavirus sud-américain, a été identifié à bord du navire de croisière MV Hondius reliant l’Argentine à l’Atlantique Nord. Il s’agit du plus important cluster international documenté d’ANDV en dehors de l’Amérique du Sud.

Au 28 mai 2026 :

  • 13 cas (11 confirmés, 2 probables) ont été recensés. Cinq passagers français dont 1 cas confirmé et 4 asymptomatiques sont hospitalisés car considérés comme contact à haut risque de développer la maladie. Les autres cas hospitalisés sont des cas contact à faible risque.
  • 3 décès ont été rapportés.
  • Des cas ont été identifiés dans plusieurs pays après rapatriement des passagers.
  • Une vaste opération internationale de traçage des contacts a été coordonnée par l’OMS

Le foyer a conduit plusieurs autorités sanitaires (OMS, CDC, ECDC, Santé publique France, ANRS-MIE) à activer des dispositifs de surveillance renforcée.

Contrairement à la plupart des Hantavirus, le virus Andes est le seul dont la transmission interhumaine a été clairement démontrée par plusieurs épidémies en Patagonie et clusters familiaux.

Cette caractéristique explique les mesures de quarantaine prolongée mises en place pour les passagers exposés, la durée d’incubation étant de 9 à 40 jours.

Le taux de transmission est faible et celle-ci se fait principalement par contact direct très étroit et respiratoire si les conditions sont très défavorables (promiscuité, intérieur clos…) ce qui a été le cas dans le navire suite aux conditions météo.

Hondius, IMO 9818709

Source : Wikipedia

Les autres Hantavirus connus sud américains (Hantavirus du nouveau monde) sont des zoonoses émergentes transmises par inhalation d’aérosol contaminés par les excréta de rongeurs (ex : lors de balayage). En Guyane, depuis 2008, le virus Maripa a contaminé 14 personnes dont 5 sont décédées.

La létalité de ces virus est élevée de l’ordre de 30 à 40% et à ce jour aucun antiviral n’est validé, le traitement est essentiellement symptomatique et réanimatoire.

Il n’y a pas de documentation de transmission patient-soigné en cas de respect des précautions standards et les désinfectants habituels ainsi que les produits hydroalcooliques sont efficaces.

Pour en savoir plus

Le DGS Urgent Hantavirus de l’ARS Normandie

– Et le Webinaire de la SPLF du vendredi 22 mai. Actualités sur les Hantavirus : un webinaire GREPI/SPLF co-organisé par la SRLF, la SFM, la SPILF, la SF2H avec la participation de Santé Publique France et du CNR Hantavirus. Replay dispo

Une autre épidémie virale, beaucoup moins médiatisée et pourtant beaucoup plus préocupante est en cours.

 

Épidémie d’Ebola souche Bundibugyo (RDC–Ouganda, mai 2026)

Le 15 mai 2026, les autorités sanitaires de la République Démocratique du Congo ont déclaré la 17e épidémie d’Ebola du pays. L’épidémie est causée par le Bundibugyo ebolavirus (BDBV), une souche rare et assez peu connue du genre Ebola, identifiée initialement en Ouganda en 2007. Simultanément, des cas importés ont été signalés en Ouganda et au Soudan du sud.

L’épidémie touche principalement les provinces d’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans un contexte de conflits armés, de déplacements de population et de forte mobilité transfrontalière.

 

Cynthia Goldsmith — Bibliothèque d’images de santé publique (Public Health Image Library) (PHIL) des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies , avec le numéro d’identification #1832.

Source : Wikipedia

Au début juin 2026 :

  • Il a été rapporté environ 250 décès probables dont 50 confirmés à Ebola et plus de 1000 cas suspects étaient en cours d’investigation
  • Des cas confirmés ont été identifiés en Ouganda, principalement liés à une importation depuis la RDC.

L’OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI/PHEIC) le 16 mai 2026.

Contrairement aux grandes épidémies historiques dues au Zaire ebolavirus, le foyer actuel est provoqué par le Bundibugyo virus, pour lequel :

  • Aucun vaccin homologué n’est actuellement disponible ;
  • Aucun traitement antiviral spécifique n’est validé ;
  • Les données cliniques et thérapeutiques sont beaucoup plus limitées.

Cette situation complique considérablement les stratégies de contrôle habituellement fondées sur la vaccination en anneau.

La transmission se fait toujours par :

  • Contact direct avec le sang ou les liquides biologiques ;
  • Exposition aux sécrétions respiratoires, vomissements, diarrhées ;
  • Contacts avec les corps des défunts ;
  • Matériel médical contaminé ;
  • Transmission nosocomiale.

La contagiosité est maximale chez les patients symptomatiques avancés et lors des rites funéraires.

L’incubation est de 2 à 21 jours et le taux de mortalité est de 30 à 50%.

 

L’intérêt porté à l’épidémie de 2026 n’est pas tant clinique que sa dynamique de propagation et les difficultés de contrôle.

L’un des principaux problèmes épidémiologiques est le retard de détection initial de l’épidémie (suspicion des premiers cas fin avril) avec une circulation silencieuse du virus engendrant une forte incertitude sur le nombre réel de cas.

Source : Wikipedia

Les raisons :

  • Accès difficile aux soins et faible couverture de surveillance
  • Décès communautaires non investigués ;
  • Zones rurales isolées ;
  • Dans cette région de la RDC , l’insécurité, les déplacements massifs de population, les refus de coopération et les accès sanitaires très limités augmentent fortement le risque de chaînes de transmission non détectées. L’OMS insiste sur le fait que l’engagement communautaire est probablement le facteur le plus déterminant pour contrôler l’épidémie. Cet engagement se heurte à la méfiance envers les autorités, le refus d’isolement, les pratiques funéraires traditionnelles et aussi la circulation de rumeurs.

 

La maîtrise d’une épidémie Ebola dépend habituellement d’une intervention rapide et ces conditions ralentissent considérablement les investigations et les réponses à apportées en urgence. D’ailleurs, le nombre de soignants infectés est un signal particulièrement préoccupant.

Fin mai, il a été signalé au moins 16 cas confirmés parmi les professionnels de santé dont plusieurs décès de soignants.

Contrairement aux épidémies récentes dues au Zaire ebolavirus, où la vaccination en anneau était devenue un outil majeur, aucun vaccin homologué n’existe actuellement contre le Bundibugyo virus.

D’un point de vue épidémiologique, l’épidémie Ebola de mai 2026 est surtout préoccupante parce qu’elle associe un virus sans vaccin disponible, une détection tardive, une propagation transfrontalière, une surveillance incomplète et un contexte de conflit armé.

Actualité à suivre sur le site du COREB (Coordination Opérationnelle Risque Epidémique et Biologique)

 

Dr Carine Brocard

Microbiologiste – Laboratoire Biocéane

Référent infectieux Clinique des Ormeaux

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