L’hiver approche et Noël est attendu impatiemment avec les retrouvailles en famille, espérons-le pour le plus grand nombre, dans cette période agitée.

Au XVIème siècle, bien peu de chance qu’on ait entendu dans la petite église de cette nouvelle cité du Havre, les chants religieux de Noël de Giovanni Pier Luigi PALESTRINA (1525-1594) éminent compositeur de musique sacrée de la Renaissance (plus de 100 messes). Très populaire, il consacra sa carrière à servir le catholicisme romain qui vit, en lui, un « rempart » musical face à la musique profane et à l’influence de la Réforme protestante. Probablement, de simples cantiques repris par les fidèles de cette chapelle havraise pour célébrer la NATIVITÉ.

Dans les numéros précédents, on a très rapidement évoqué les conditions de vie au niveau de l’habitat et de l’urbanisme. On connait au XXIème siècle l’importance de ces conditions de vie quotidiennes et leur influence sur l’hygiène et la santé des populations.

SI l’on prend comme exemple LUTÈCE, (longtemps confinée sur l’Île de la Cité, au milieu de la Seine) qui n’était pas destinée par les romains à devenir une capitale, l’accroissement de la population et l’absence de développement planifié sur les deux rives contribuèrent à voir s’entasser la population dans des conditions d’hygiène déplorable. Les descriptions faites, concernant Paris, étaient inquiétantes et allaient caractériser la capitale pendant des siècles. L’hygiène des habitations n’est pas négligeable car la « propreté interne des maisons n’est pas moins importante à la santé que celle des rues… et une seule famille infectée a souvent corrompu l’air et porté la contagion dans une ville ».

Au Havre, au XVIème siècle, la situation est assez semblable.

«…cloaques de souillures et malpropretés…boues infectes d’où s’élèvent des exhalaisons d’une telle puanteur ….où se vautrent porcs, oies et pigeons dans les immondices… » Etc…

A cette époque, le monde microbien que décrira plus tard Antonie VAN LEEUWENHOEK (microscopiste et biologiste néerlandais (DELFT 1632 – 1723), drapier, passionné par l’assemblage des loupes et verres grossissants, il obtient ainsi des images jusqu’à 300 diamètres de grossissement qui lui ouvre un nouvel univers « des petits éléments » décrivant ainsi globules rouges, spermatozoïdes, structure du muscle strié, et autres structures végétales) est encore ignoré.

Et, c’est une chose curieuse et inattendue que les premières prescriptions d’hygiène publique eurent trait à la qualité de l’air. La pollution atmosphérique et « la putridité de l’air » étaient mises en cause dans les maladies épidémiques.

Diverses ordonnances furent prises pour éloigner les professions pouvant infecter l’air : l’interdiction d’élever du bétail en ville, d’écorcher les animaux, …

D’abord axée sur l’état des rues, l’hygiène des habitations fera l’objet de recommandations de ne rien négliger.

 

Le Havre – 1528

Le Havre – 1543 – Bellarmato prend en charge les fortifications de Paris et laisse inachevé le quartier Saint François

Le Havre – 1562

Le Havre, vue sud – 1571

Voyons quelle est la maison du Havre

Entre 1524 et 1600, la population serait passée d’environ 600 à 10 000 habitants, sur une surface urbanisée passant de 10 à 26 hectares, soit de 100 à environ 630 maisons. Sur ce territoire que l’on peut considérer comme un « Polder » naturel, on dénombre :

  • En 1524, seulement 25 maisons, construites surtout autour du grand quai
  • En 1532, 83 parcelles bâties entre l’église et les quais

On peut distinguer :

  • Les maisons de Notre Dame, sur des parcelles de 40m2 jusqu’à 1 hectare, mais en général de 1000 à 1400 m2, construites par les notables : DU CHILOU (jusqu’à sa disgrâce), D’ESTIMAUVILLE, Jean CLERICE, Michel FERE, Nicolas RAOULLIN, Nicolas HARNOIS. Les parcelles ne sont pas régulières, les terrains inondables, les logements bas de plafonds, peu lumineux. Ces bâtisses sont souvent mitoyennes. Dans la rue des boucheries, on pratique abattage animal.
  • Les maisons de Saint François, à partir de 1551, sur des plans de BELLARMATO. Maisons à deux étages, et plus, avec encorbellement (rue de Bretagne, une seule bâtisse du XVIème encore conservée). Les maisons sont en bordures de rues, avec un escalier, soit intérieur, soit extérieur, distribuant une à deux chambres par étage. Certains escaliers sont communs aux maisons jumelées. Une cour arrière est fréquente avec passage d’entrée vers des dépendances, écuries.

Les MATÉRIAUX sont communs aux deux quartiers. Bois de la forêt des Hallattes (Les troncs étant plus courts pour la construction que ceux, plus robustes et plus longs, réservés aux travaux portuaires). Calcaire, briques, silex. Les matériaux de construction sont locaux (silex du Pays de Caux taillés à Sainte Adresse et Sanvic, tuiles provenant de la Seigneurie de Graville, remblais et pierres issus des débris des falaises voisines, ardoises venant plus tard d’Angers)

Parmi ces édifices, on distingue des OSTELS, ou MANOIR URBAIN, avec rez-de-chaussée semblable aux manoirs du Pays de Caux. Ce sont les bâtisses des personnages liées au port et au négoce. Ces édifices, bâtis sur la plaine alluvionnaire, sont peu élevés à cette période initiale et ce sont surtout les matures des bateaux qui émergent du paysage. Les terrains alluvionnaires voisins sont parcourus de sentiers d’un hameau à l’autre.

La cité est protégée par une enceinte munie de bastions au nord. On distingue une place du marché qui devient le cœur du quartier. La fontaine construite en 1518 par DU CHILOU, en provenance par canalisation des eaux du vallon de VITANVAL (Sainte Adresse), fournira ultérieurement 5 (en 1619), puis 8 (en 1716) fontaines publiques.

L’hygiène de la ville est préoccupante en raison des dépôts d’ordures, jets d’immondices par les fenêtres, évacuation non contrôlée des débris de l’abattage animal. Enfin, l’absence de latrines.

On comprend facilement la situation d’autant qu’aucun pavage n’était prévu. Celui-ci n’est décidé qu’en 1548 (sous Henri II), mais il est partiel et sommaire, avec simple rigole médiane lors de cette première phase de pavage. En 1560, on prévoit le pavage de la GRAND PLACE où MARCHÉ DES CANIBALES (actuelle place du Vieux Marché).

Les rues ne dépassent pas 5 mètres de large, dans beaucoup de cas, contribuant à confiner odeurs et immondices.

On voit que ces problèmes d’hygiène sont similaires à Paris et au Havre. La création de fosses d’aisance (simple puisard à vider régulièrement) était une première réponse au problème, mais les recommandations n’étant pas observées, FRANÇOIS Ier lui-même, en novembre 1539, impose aux propriétaires d’équiper leur logement sous peine « de privation de loyer et revenus pendant 10 ans » !!

Sans insister davantage sur ces problèmes d’hygiène et leur incidence sur la santé, on comprend comment la prolifération des rats, vecteurs de la peste, les pollutions en tout genre dans un habitat souvent insalubre et la pollution de l’eau pouvaient entrainer nombre d’infections et épidémies…

Exposés à ces risques infectieux endémiques, nos ancêtres, dont l’espérance de vie ne dépassait pas 26 ans en moyenne (deux sexes confondus) au XVIème siècle, n’avaient aucune idée ce que représentent vieillesse et retraite… !

« Retraite » ne signifiant qu’« abandon du combat », c’était pour la plupart des gens de l’époque « cesser le combat de la simple survie quotidienne ».

Vivement les saveurs de vos tables et les bonnes odeurs de vos cuisines pour cette fin d’année

Bonnes fêtes à tous

Michel LEBRETON

 

Bibliographie et suggestions de lecture et achat :

  1. Archives municipales au Fort de Tourneville
  2. Bibliothèque Armand Salacrou où vous pouvez accéder aux ouvrages en grand nombre et très variés sur le patrimoine, et bien sûr portant sur les différentes thématiques de l’histoire du Havre et de l’Estuaire
  3. Bibliographies permettant de compléter vos commandes au Père Noel dans les librairies du Havre :
    1. Collection d’histoire du Havre – Jean LEGOY
    2. Le Havre, la demeure urbaine 1517- 2017 – Claire ETIENNE STEINER – Cahier du Patrimoine édition lieu – dit
    3. La première histoire du Havre. Les mémoires de Guillaume de MARCEILLES – H. SHABANES – J.B. GASTINES – D. ROUETS
    4. La médecine à Paris du XIIIème au XXème siècle – Fondation Singer – Polignac sous la direction d’André PECKER – éditions Hervas
    5. Médecines curieuses d’autrefois – Suzanne JACQUES MARIN – éditions Charles Corlet

Ndlr : la « MALE MAREE » évoquée à plusieurs reprises (Stétho 10, sur les conditions de travail sur le port pendant sa construction) et qui avait provoqué la destruction de nombreuses constructions, une centaine de victimes, et 28 vaisseaux détruits, s’est produite le 15 janvier et non juin 1525 (erreur de transcription)

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