Le 30 mars 2019, a eu lieu à Deauville une rencontre sur le dépistage du cancer de la prostate.

Le but de cette journée était de réunir des médecins généralistes (des régions Normandie, Hauts-de-France et Centre), et des intervenants : épidémiologiste, médecin généraliste, juriste, représentants de patients, éthicien, urologue.

Cette rencontre est partie d’audits réalisés dans des groupes de pairs (groupes qualité) en 2017-2018: 2 audits ont été réalisés dans les groupes, avant et après une réunion sur le sujet, pour voir comment évoluaient nos pratiques de dépistage. Il était apparu que nos pratiques étaient différentes,  les recommandations de l’HAS et des sociétés savantes étant contradictoires : pas de dépistage systématique pour l’HAS, TR et PSA systématiques pour la SFU pour l’homme de plus de 50 ans par exemple.

Le but de cette journée était  la recherche d’un consensus ou au moins une approche convergente au sein de la profession médicale.

L’épidémiologiste, le Pr Guy LAUNOY, nous a rappelé que les effets bénéfiques du dépistage sont incertains, tandis que ses effets délétères sont certains. Sur un échantillon de 1000 hommes ayant subi un test de dépistage : 5 hommes mourront du cancer de la prostate, en dépit du dépistage de PSA ; 1 homme survivra au cancer de la prostate grâce au test de dépistage. D’où la question : faut-il faire ce dépistage de façon systématique ?

L’urologue, le Dr CAREMEl,  préconise un dépistage précoce ciblé et individuel (50 ans si pas de facteurs de risque), le but étant de cibler les cancers de faible volume pour éviter les sur-traitements et les sous-traitements par une surveillance active (TR, PSA, biopsies régulièrement).

Le médecin généraliste, le Dr REGNAULT nous a soumis le cas d’un patient et les problèmes relationnels et éthiques que lui a posé la surveillance active.

Mr MUNTZ, responsable d’une association de patients, l’ANAMACAP, nous a rappelé la difficulté de vivre avec un cancer de la prostate avec une surveillance sans traitement, et l’importance de continuer à chercher des moyens simples de détection précoce.

Le juriste, Mr Mathias COUTURIER, a rappelé l’importance de l’information à donner au patient de plus de 50 ans, en s’appuyant éventuellement sur des brochures (sites d’AMELI, INCA). La décision de faire le dépistage appartient au patient.

Après réflexion en petits groupes à partir de cas cliniques (demander un dépistage systématique à un homme de 50 ans sans aucun signe clinique, expliquer les avantages et inconvénients d’un dépistage  sur le dépistage du cancer de la prostate), des questions ont été posées :

  • Inclure le dépistage du cancer de la prostate (et comment) dans une consultation ou faut-il une consultation dédiée ?
  • Y-a-t-il des études sur la qualité de vie après dépistage, et au cours d’une surveillance active ?
  • Faut-il un ciblage systématique ou  faut-il privilégier ciblage organisé ?
  • Qu’est-ce qu’un homme asymptomatique ?
  • Si on en fait, quelle pourrait être la fréquence optimale des dosages ?
  • Quelle est la fiabilité du TR ?
  • Faut-il créer un support-papier pour les patients ou ceux qui existent sont suffisants ?

Pour conclure la journée,  l’éthicien, le Dr ARSENE, a rappelé des points fondamentaux :

« Ce qui n’est pas scientifique n’est pas éthique ».

L’acte de soins fait appel à la compétence et à l’engagement.

Il ne faut pas faire de différence entre le risque pour la population et le risque individuel

Il a rappelé l’intérêt d’une approche multidisciplinaire : « les regards croisés ». Trouver un consensus est parfois long et difficile, et le résultat peut être remis en cause. Nous devons accepter l’incertitude.

Ces questions ont été confiées à un « comité de proposition » comprenant 2 médecins généralistes,  un représentant de patients, un représentant l’éthique, un représentant de la santé publique, un urologue. Ce comité rédigera un livre blanc sur les bonnes pratiques dans le dépistage du cancer de la prostate, qui devrait être disponible dans 3 mois, d’abord sur le site de l’ODPCGQ, en espérant ensuite une couverture médiatique plus large.

Propos recueillis par Dr Dominique VOLAIT, médecin généraliste

ACCEDER A LA VIDEO DU 30 MARS 2019

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