Pour la bactériologie, nouvelle discipline médicale du XIXᵉ siècle abordée précédemment, la tâche était immense pour identifier les responsables en tout genre des causes infectieuses de la mortalité humaine.
En effet, nous savons maintenant que ce petit monde des micro-organismes paraît sans limite.
À la fin du XIXᵉ siècle, l’Allemand E. HAECKEL suggérait que les bactéries occupaient un règne à part, jusqu’à ce que R. H. WHITTAKER propose en 1969 une classification de la vie en cinq branches [5 règnes : Animalia, Plantae, Fungi, Protista, Monera]. À la même époque, C. WOESE étudiait les séquences génétiques des bactéries (500 espèces), nettement moins nombreuses que celles de notre sphère buccale. Actuellement, ce nombre d’espèces a été décuplé, mais reste encore bien loin des milliers d’espèces d’algues, de champignons et autres organismes.
Voilà pourquoi, en s’attaquant à la traque des bactéries responsables de maladies et d’épidémies au début du XIXᵉ siècle, le défi était ambitieux, d’autant que les bactéries sont difficiles à isoler et à étudier quand seulement 1 % d’entre elles supporte d’être mis en milieu de culture. Ni la boîte de Pétri ni le support d’agar-agar ne les attirent à tout coup.
Classification du vivant en cinq règnes, proposée par Whittaker en 1969, basée sur le niveau de complexité et le mode de nutrition (photosynthèse, absorption, ingestion). Bien qu’issus de lignées indépendantes, les groupes en jaune ont développé des caractéristiques similaires aux membres des règnes auxquels ils sont rattachés par convergence évolutive.
(source : Wikipedia)
Mais, en conclusion de ce préambule, on doit toutefois retenir que seul 1 ‰ des innombrables bactéries est pathogène pour l’homme, tout en restant la troisième cause de mortalité dans le monde.
Parallèlement à la bactériologie, la biologie médicale venait participer au progrès et allait aider les médecins du XIXᵉ siècle à débusquer de nouvelles pathologies et les différents déséquilibres de nos organes. Tout allait donc s’accélérer dans ce siècle.
Si la médecine s’est enrichie de ces deux nouvelles disciplines, bactériologie et biologie, on peut considérer qu’il s’agit effectivement d’un tournant dans l’évolution du diagnostic médical et de sa méthodologie. À la médecine de l’observation, avec des cliniciens attentifs et précis, puis à la médecine acoustique de Laennec décrivant les sons du corps comme un mécanicien, réel précurseur avec son stéthoscope de la médecine technique, la bactériologie et la biologie allaient permettre de traquer les organismes infectieux responsables de nos maladies, mais également les désordres métaboliques et chimiques de nos multiples systèmes physiologiques, jusqu’au fonctionnement le plus intime des cellules et de leur noyau porteur de nos gènes.
La bactériologie allait permettre l’identification des agents infectieux et du vaste monde des microbes contre lesquels on ne disposait toujours pas de traitement à leur opposer.
La biologie, essentiellement hospitalière à ses débuts (en Allemagne à l’hôpital de Würzburg, à Vienne en Autriche, à Paris à l’hôpital Necker), en explorant les différentes humeurs, les fluides et le sang, allait conduire à la découverte de nouvelles pathologies de nos organes. À ces deux tâches furent également impliqués les pharmaciens. Grâce à leurs études mises en place en 1814 avec la création de l’Internat de Pharmacie à Paris, véritable vivier de futurs biologistes et chimistes, ils maîtrisaient les analyses de base et devenaient des collaborateurs indispensables. Nous reviendrons plus tard sur la biologie médicale et ses acteurs du XIXe siècle.
Dans la chasse à ces bactéries meurtrières, de quels moyens disposait-on à cette époque privée de techniques sophistiquées ?
L’étude patiente de divers prélèvements (fluides naturels, tissus et sécrétions pathogènes) allait nécessiter différents milieux de culture :
- Initialement dans de simples assiettes et, par la suite, dans les célèbres boîtes de J.R. PÉTRI (assistant de R. Koch).
- Sur différents milieux de culture assurant simplement le développement nutritif des micro-organismes. Les premiers essais utilisaient des jus de viande, de cervelle et de cœur, initiés par l’abbé L. SPALLANZANI. Apparurent ensuite les cultures sur différents supports : milieux liquides, puis solides avec la pomme de terre, avant l’utilisation de la gélose et de l’agar-agar. Plus tard encore furent élaborés des milieux multiples et spécifiques des familles bactériennes.
Ainsi, on dispose actuellement de nombreux milieux depuis les milieux ordinaires, jusqu’aux milieux des cultures sélectifs, enrichis, différentiels.
Trouver le milieu de culture idéal fut, au début de la bactériologie, un obstacle majeur.
Dans le domaine des mises au point de ces cultures, de nombreux bactériologistes se sont distingués comme :
J.F.SCHROETER (1872) Pomme de terre) – J.O.BREFELD (1881) Culture sur Gélatine – F.LOEFFLER (1881) Bouillon de viande et gélatine – W.HESSE (1882) Algue agar-agar
- Par ailleurs, l’observation de l’aptitude des bactéries à fixer divers colorants aboutit à leur différenciation. C’est à H.C.J. GRAM, médecin et biologiste danois, que l’on doit la méthode de classification par le violet de gentiane (Gram + ou -), prolongeant d’autres types de procédés de colorations mis au point par Koch et Ziehl pour l’étude de la tuberculose.
Mais les atouts majeurs reposaient sur la curiosité intellectuelle des pionniers de la bactériologie, leur passion, et sur leur conviction d’avoir à affronter des ennemis invisibles et particulièrement redoutables.
Derrière leur microscope, ils étaient de plus en plus convaincus de la spécificité rattachant une bactérie à une pathologie.
À l’image de Fracastor, dès le XVIᵉ siècle, évoquant déjà un agent invisible dans la syphilis, plus tard en France ce sera P. BRETONNEAU (1778-1862) qui affirma l’existence d’un seul type de microbe dans la typhoïde. L’identification bactériologique de Salmonella enterica sérotype Typhi par K. J. EBERTH en 1881, puis la réaction en 1896 par séro-agglutination de F. WIDAL, venaient valider les hypothèses avancées bien plus tôt.
Cette saga et chasse aux bactéries ne faisaient que débuter…
Dr M. Lebreton
Bibliographie
• Hygiène et Médecine. J.-M. GALMICHE. Éd. L. Pariente
• Gestation et naissance de la biologie hospitalière. Cl. DREUX. 1999. PERSÉE
• Dictionnaire historique des médecins. M. DUPONT. Éd. Larousse
• Histoire du diagnostic médical. R. VILLEY. Éd. Masson










