Sous ce titre à peine mystérieux et interrogateur se cachent les thèmes des rubriques concernant un volet important de ce qui allait être, à partir de cette période, une véritable chasse aux agents responsables des fléaux épidémiques et des maladies redoutées depuis des siècles et que rien ne permettait encore de combattre.
C’est effectivement à partir des premiers pas de la BACTÉRIOLOGIE, véritable chasse aux agents infectieux, que la médecine et la pharmacologie vont pouvoir rechercher des solutions thérapeutiques aux différents fléaux qui pèsent sur l’homme et les êtres vivants.
Lors de la Pandémie de COVID-19, avec ses contraintes sanitaires et des thérapeutiques initialement limitées face à ce nouveau virus et ses variants, cette chronique d’histoire de la médecine avait évoqué les six épidémies de Choléra de 1832 à 1892 en France. L’ignorance de son responsable, le VIBRIO CHOLERAE décrit plus tard par R.KOCH en 1883, et les errances thérapeutiques du XIXᵉ siècle, encore habitué aux traitements irrationnels quand ils n’étaient pas fantaisistes, avaient montré un copié-collé entre les décisions du XIXᵉ et du XXIᵉ siècle. On voit donc à quel point le parcours pour combattre les infections n’est pas un long fleuve tranquille.
Mais avec la traque des agents responsables des infections, qu’elles soient liées à l’hygiène défaillante, à l’urbanisme et à l’habitat précaire ou encore aux carences en matière d’hygiène, de la qualité de l’eau et de l’évacuation des déchets urbains, une nouvelle ère médicale s’ouvrait.
Ainsi, la chasse aux « Animalcules », « Corpuscules », « Microbes » va pousser de nombreux médecins, naturalistes, pharmaciens et biologistes en herbe à suivre diverses pistes. L’étude des sécrétions, des fluides corporels, des pièces d’anatomo-pathologie va permettre à cette nouvelle discipline indispensable qu’est la bactériologie l’identification des microbes, parasites et plus tard des virus.
À ses débuts, la bactériologie n’était pratiquée que par quelques scientifiques curieux et persévérants, étudiant sur leur temps libre, de façon isolée et non coordonnée.
La traque des microbes et leur identification n’allaient se réaliser que très progressivement puisque la première mise en cause bactérienne officielle ne date que de 1876 avec le Bacille du CHARBON. Quant au Treponema pallidum, responsable du « Mal des Français », comme était également dénommée la syphilis, responsable de nombreuses victimes parmi les illustres personnalités citées en titre de cette chronique, il ne fut identifié que plus tard, en 1905.
Quel est donc le vaste univers de ce petit Monde des Microbes aux limites infinies ?
Il est effectivement vertigineux quand on se penche sur les chiffres :
Animalcules observés par Goeze
Animalcules microscopiques observés par Goeze, parmi lesquels est illustré un animalcule en division (fig. 7a). Planche extraite de Goeze (Johann August Ephraim), « Anhang einiger Beobachtungen des Uebersetzers über verschiedene wichtige mikroskopische Gegenstände aus der Insektologie, und Helminthologie », in Bonnet (Charles), Abhandlungen aus der Insektologie [trad. Goeze Johann], Halle : Gebauer, 1774, pp. 417-578, pl. VII. Cliché Bibliothèque de Genève.
- En bonne santé et normalement propre, votre surface corporelle héberge 1 000 milliards de bactéries qui se nourrissent de tout.
- Des millions se dissimulent sur d’autres sites (cheveux, surface dentaire, fosses nasales, sphère ORL et bordure des yeux).
- Quant au tube digestif, véritable coffre-fort microbien, il contient 100 000 milliards de bactéries de 400 types différents.
- Si notre corps comporte 10 millions de trillions de cellules, il abrite aussi dix fois plus de bactéries.
Celles-ci sont plus vieilles que l’humanité et ont évolué en grande partie sans nous. Leurs propriétés étonnantes de résistance [au froid, aux milieux chimiquement hostiles (acides, radioactifs, profondeur des océans…) leur permettent de participer à la vie du globe (transformation de l’azote en acides aminés et nucléotides, libération d’oxygène)].
Microscope de Gleichen
Représentation du microscope inventé par Wilhelm Friedrich von Gleichen. Planche enluminée extraite de Ledermüller (Martin Frobenius), Nachleese seiner Mikroskopischen Gemüthsund Augen-Ergötzung, Nürnberg : de Launoy, 1762, pl. XII. Cliché Bibliothèque de Genève.
Malheureusement, à chaque million de divisions, elles peuvent donner un mutant. On considère que 1/1000 des microbes est pathogène et responsable de la troisième cause de mortalité humaine, malgré nos défenses immunitaires (globules blancs et innombrables lymphocytes de types différents capables de se mobiliser face aux agresseurs).
Aux fléaux infectieux épidémiques qui sévissaient, la recherche biologique, conduite de façon intuitive à ses débuts, va s’attaquer à cette immense tâche pour combattre ce « petit monde des microbes ».
C’est la citation de Charles de Gaulle qui, hormis son réalisme, convient le mieux à la situation des chasseurs de microbes, seuls devant leur « paillasse de laboratoire », attendant et espérant trop souvent la pêche miraculeuse de nouveaux germes pathogènes…
« Les chercheurs qui cherchent, on en trouve, des chercheurs qui trouvent, on en cherche. »
Si Aristote est reconnu comme le premier concepteur de la biologie des organismes vivants, il eût de nombreux disciples dans cette discipline, la BIOLOGIE, qui allait révolutionner la médecine. Celle-ci, après avoir été la médecine des yeux et de l’observation, puis la médecine acoustique de Laennec qui préfigurait la médecine technique, elle devenait la médecine de laboratoire grâce à de nombreux pionniers. Certains célèbres, L. Spallanzani, R. Brown, Th. Schwann, d’autres plus discrets comme C. Davaine, et enfin quasi inconnus comme J. Hameau, modeste médecin provincial.
Ce sont leurs travaux et découvertes que les prochaines rubriques évoqueront, ainsi que les personnalités emblématiques de cette discipline.
Dr M. Lebreton
Bibliographie
• Hygiène et Médecine. Histoire et actualité des maladies nosocomiales. J.-M. Galmiche. Éd. Louis Pariente
• Ces dermatoses qui ont changé l’Histoire de France du XIIᵉ au XXᵉ siècle. Dr B. Halioua
• Une histoire de tout ou presque… Bill Bryson. Éd. Payot
• Microcosmos. Quatre billions d’années d’évolution de nos ancêtres microbiens. Summit Books, 1996
• Bacteria. National Geographic
• Dictionnaire historique des médecins. M. Dupont. Éd. Larousse










