MÉDECINE et SANTÉ au HAVRE : FOCUS sur la Période de la Grande GUERRE

1914 – 1918 : Deux DATES gravées dans la mémoire des FRANÇAIS, mais elles résonnent tout autant en EUROPE et dans le MONDE.

Nous venons de commémorer avec ferveur le centenaire de la fin de ce conflit qui embrassa toute l’EUROPE, mais il faut admettre que la tristesse devant une telle catastrophe humaine, dans tous les pays en guerre, le dispute à la joie de la paix retrouvée. C’est pourquoi, nous débuterons cette rubrique historique sur la SANTE et la MÉDECINE au HAVRE par cette période tragique qui entraîna les belligérants dans une catastrophe humaine qui sacrifia toute une jeune génération qui pourtant entamait avec enthousiasme ce début du XXe siècle.

Combien de sacrifices humains inutiles et de drames familiaux ?

BILAN en quelques chiffres d’une effroyable tragédie.

Victimes MILITAIRES – Plus de 8 millions de tués

Suite aux entrées en guerre successives des pays, les pertes se répartirent de manière suivante entre les 2 blocs qui achevèrent de se former, par le jeu des alliances, fin 1914.

ALLIES

  • FRANCE 1,36 millions
  • Empire britannique 250 000  (ANZACS = combattants Australiens, Néo-Zélandais, Canadiens, Indiens)
  • GRANDE BRETAGNE 760 000
  • ETATS UNIS 126 000  entrés en guerre en 1917 (6.4.1917) sous la présidence du président W. WILSON
  • ITALIE 460 à 650 000  (ralliée en 1915)
  • RUSSIE 1,7 millions

EMPIRES CENTRAUX

  • ALLEMAGNE 1,7 à 2 millions
  • AUTRICHE- HONGRIE 1,1 à 1,2  millions
  • TURQUIE 325 à 375 000

Le BILAN TOTAL s’alourdit si nous y ajoutons les blessés, prisonniers et disparus avec des pertes militaires se chiffrant en millions de victimes et les millions d’animaux (chevaux et chiens de liaisons militaires), ordre de grandeur malheureusement réel. Les dévastations terrestres supérieures à 20 000 km2 de terres agricoles détruites, 250 000 maisons démolies, forêts anéanties. Les tragédies humaines furent, elles aussi, innombrables et profondes dans les familles.

AU HAVRE ?

Au début du XXème siècle, le HAVRE dispose des établissements suivants :

  • HÔPITAL GÉNÉRAL du HAVRE (créé en 1669) dans le quartier d’INGOUVILLE.
  • HOSPICE DESAINT- JEAN (depuis 1872)
  • MATERNITÉ (rue G. le Conquérant)
  • HÔPITAL PASTEUR (inauguré en 1885 par J. Siegfried)
  • CLINIQUE PRIVÉE des ORMEAUX (créée en 1905=

Les structures hospitalières sont régulièrement saturées et rapidement s’imposent toujours de nouvelles extensions. Ce sont ces motifs de construction au coup par coup qui avaient conduit à un plan d’ensemble avec la construction de l’Hôpital PASTEUR puisque la capacité d’accueil vers 1880 était évaluée à seulement 1 034 lits dont 75 destinés aux militaires cantonnés au Havre.

Nous reviendrons, dans d’autres chroniques, sur l’évolution des constructions hospitalières. Négligeons aussi pour l’instant, l’état des lieux concernant les acquisitions médicales de cette époque sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement.

SOIGNER pendant la Grande Guerre

En NORMANDIE, ROUEN et le HAVRE sont alors deux PORTS de BASES ARRIÈRES pour ÉVACUER – SOIGNER – RÉÉDUQUER.

Ce rôle de BASE ARRIÈRE à distance des lignes de front sera essentiel, d’autant que les deux ports auront une position stratégique de ravitaillement et d’évacuation pour les troupes ANGLAISES et AMÉRICAINES (à partir de 1917) entre ROUEN – LE HAVRE et SOUTHAMPTON, puisque des NAVIRES HÔPITAUX ont permis jusqu’à 12 rotations par mois (en 1917) lors de la 3ème bataille d’YPRES.

A BONSECOURS (ROUEN) un important HÔPITAL militaire belge propose de 1 600 à 1 800 lits répartis en 5 sections (CHIRURGIE, et différents services de médecine et surtout RÉÉDUCATION et section de MÉCANOTHÉRAPIE pour amputés). Depuis le début du conflit, on comptera 17 804 entrées dans cet hôpital + 3 954 soldats réformés soit 23 000 militaires BELGES et ANGLAIS.

A leur sortie, 55% des blessés étaient renvoyés au service de campagne (selon leur récupération), 19,5% dans les services auxiliaires et 25% étaient réformés.

A ROUEN, on estimera à 0,5% la mortalité parmi les soldats hospitalisés (incluant les décès par GRIPPE de 1918).

Cette dernière, dont l’origine virale fut soupçonnée dès 1915, par Charles Nicolle-Lebailly et Dujarric de la Rivière, et démontrée par Smith en 1933 et BURNET, vient aggraver le lourd bilan de le guerre.

Les sous types A, responsables des grandes pandémies, furent ainsi à l’origine d’une des plus meurtrières de 1918 à 1919. Cette grippe, dite à tort ESPAGNOLE puisque partie d’ORIENT a fait 22 MILLIONS de morts à travers la moitié du globe.

LE HAVRE, outre l’importance géographique de son port, fut donc aussi au cœur de l’organisation sanitaire d’accueil des blessés et invalides évacués depuis les différents fronts du conflit.

Dans l’histoire de la SANTE au HAVRE, impossible de négliger cette période qui concernait tant d’hommes issus du peuple et qui payaient un très lourd tribut à cette guerre – civils et militaires étaient avant tout citoyens d’un même pays.

Le HAVRE, outre les établissements déjà cités, proposait des accueils supplémentaires.

  • HÔPITAL AUXILIAIRE (rue SOCLET) grande demeure bourgeoise proche de l’AVANT PORT.
  • HÔPITAL (quai d’ESCALE) proche des zones d’accostage des navires HÔPITAUX ANGLAIS
  • LYCÉE FRANCOIS 1er
  • CASINO du HAVRE (réquisitionné)
  • CAMPEMENT des ABATTOIRS (où furent soignés des Prisonniers Allemands)

Dès la bataille de l’YSER (oct. 1914 à proximité d’YPRES, une fois de plus au très lourd bilan humain) de très nombreux blessés BELGES sont évacués et recueillis dans 54 baraquements démontables en planches à la SOUS- BRETONNE.

A SAINTE-ADRESSE où résidaient les ALLIÉS BELGES avec leur gouvernement, on développe des Unités de Rééducation des Blessés et Mutilés (initiatives privées secondées par les Pouvoirs Publics).

Nous reviendrons sur les aspects essentiellement médicaux de cette période sombre, avec les conditions sanitaires, les pathologies propres à cette guerre qui modifient, en raison des nouveaux armements, la nature des soins qui pouvaient être apportés aux soldats, au front et dans les hôpitaux.

A bientôt

Dr Michel LEBRETON

 

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