Le Havre, point stratégique 

Nous avons évoque, dans le dernier épisode,la longue liste des PATHOLOGIES de GUERRE au cours de ce conflit historique qui restera hors norme.

Nous nous sommes un peu éloignés du HAVRE, mais n’oublions pas la proximité du FRONT (la MARNE et la SOMME). La contribution du HAVRE fut importante dans l’organigramme sanitaire de cette guerre (voir STETHO II avec l’accueil des blessés et des brûlés, au Havre et Sainte-Adresse, et dans les établissements publics réquisitionnés et transformés pour accroître la capacité de soins). Le Havre vivait au rythme de la guerre avec les allers et venues des Navires -Hôpitaux, des blessés de retour des combats.

LE HAVRE, port stratégique était ainsi impliqué :

1/ Dans l’ÉVACUATION des blessés pouvant rentrer dans leur pays d’origine

  •  2,9 Millions de soldats transiteront par notre ville
  • 11384 mouvements de Navires, dont 1472 de Bateaux- Hôpitaux.

2/ Dans l’ACCUEIL hospitalier qui comprenait dès le 21 août 1914, l’HOPITAL GÉNÉRAL et l’HOPITAL PASTEUR et 2225 lits proposés dans 6 Hôpitaux temporaires. 5 Hôpitaux auxiliaires et les URSULINES une « place Forte sanitaire ».

Sur la totalité, on comptera 7355 soldats Alliés au Havre, choisi comme base Britannique avec des camps complémentaires en périphérie de la ville. Dès 1915, on comptait dix fois plus de soldats hospitalisés qu’en temps de paix (le Havre étant une place militaire permanente) 

3/ Dans l’ACCUEIL des RÉFUGIÉS CIVILS du Nord de la France et de la Belgique (et bien sûr le gouvernement belge en exil à Sainte Adresse) 

4/ Enfin, LE HAVRE était impliqué comme outil industriel au service de l’effort de guerre (armement). 
La ville était alors un Îlot cosmopolite avec les nombreux travailleurs des colonies françaises (MAROC-VIETNAM-INDOCHINE) et les citoyens de l’empire britannique en transit.

BILAN
28 000 HAVRAIS mobilisés entre 1914 et 1918

  • 6000 furent tués (78013 Normands et 26705 en Seine Maritime)
  • 50% des victimes normandes de ce conflit furent tuées AVANT novembre 1915.
  • les 5 mois les plus meurtriers furent :
    • Août-septembre 1914
    • Juin- septembre-octobre 1915
  • 87,6% des victimes étaient dans l’INFANTERIE
     Parmi les victimes, citons 2 engagés volontaires :
    •  l’un mort de maladie à 69 ans
    •  l’autre, suite à ses blessures à 64 ans
    • Parmi les plus jeunes, un civil de 16 ans (originaire de CHERBOURG), fusillé par l’ennemi – et un soldat de 17 ans, mort 2 mois après son engagement. 

Bilan Maxillofaciale

Ce fut une hécatombe où aux séquelles physiques, s’ajoutait une profonde crise psychologique.

2.8 millions de blessés sur 8 millions de mobilisés ; 300000 mutilés ;15000 grands blessés de la face.

L’explosion du 11 décembre 1915

Un épisode spectaculaire doit être également rappelé avec l’explosion le samedi 11 décembre 1915, 9 h 45, sur le site de l’usine Schneider et l’usine d’Or où étaient entreposés les matériaux explosifs les plus dangereux. Cet établissement, LA PYROTECHNIE BELGE, sous la direction d’un capitaine belge, était une usine d’armement sur le site actuel d’AIRCELLE ; il fut détruit tout comme les habitations voisines et jusqu’aux vitraux de l’église d’HARFLEUR. Cette explosion, de près d’une minute, fera plus de 110 morts (108 soldats belges dont le capitaine STEVENS, directeur de l’armement et 2 civils). 1500 blessés furent comptabilisés dans cette déflagration entendue jusqu’à Dieppe et la banlieue Rouennaise. Diverses hypothèses ont été avancées. Mauvaise manipulation technique ? Mais aussi sabotage par des allemands évadés de leur camps de prisonniers.

 « … Il y eut peu de villes françaises comme Le Havre où la guerre aura autant marqué les esprits. » (Nov 2015- Ed PHILIPPE- inauguration de l’exposition des Archives municipales)

Au cours de cette période, nos confrères ont eu à accompagner et affronter les difficultés quotidiennes de leurs patients et les conséquences psychologiques de ce conflit.

Parmi nos confrères de cette période, citons cependant :
Dr ABRAMOVITCH Léon (1868-1938) impliqué dans la protection infantile aux NEIGES. 
Dr COTY Auguste (1887-1950) médecin de la défense passive. 
Dr DE BOISSIERE (1875-1930) Electroradiologie à L’HÔPITAL PASTEUR
Dr DUBOIS Fernand Charles (1883-1940) Services médicaux de défense, formation sanitaires au Havre. 
Dr DUFOUR (1856-1928) Créateur de l’œuvre de la Goutte de Lait. 
Dr LE NOUENE Léopold (1875-1943) chirurgien en chef de l’hôpital–Conseiller municipal. 
Dr LEVESQUE Gaston Raoul (1878-1962) dernier maire de Bléville. 
Dr PAREUR Pierre (1872-1946) médecin à SANVIC- activités envers les personnes démunies. 
Dr POSTEL Édouard (1873-1918) mort dans son immeuble rue E. RENAN lors d’un bombardement aérien sur le HAVRE. 
Dr RICHARD Joseph. Pierre (1867-1927) Radiologue. 
Dr VIGNE Charles (1869-1941) médecin des Hôpitaux avec une activité importante et dévouée de réorganisation. 

LE HAVRE érigea en 1924 le MONUMENT AUX MORTS, un des plus imposants de FRANCE, place GAMBETTA (ex place de la MÂTURE) 
Sa réalisation fut confiée à Pierre-Marie POISSON sculpteur- et on y recense les noms des 6000 victimes militaires gravés dans la pierre. 

Bibliographie

ARCHIVES MUNICIPALES LE HAVRE
Dictionnaire des MÉDECINE (Michel DUPONT-LAROUSSE) 
EXPOSITION. LA GRANDE GUERRE (ÉRIC DUTEIL- Service de communication GHH-Maison du patient) 
LA GRANDE GUERRE 14-18. David SHERMER (Octopus Books LTD) 
LE PEUPLE du HAVRE. J. LEGOY
HISTOIRE des Noms de Rue du HAVRE
VIE HOSPITALIERE au HAVRE. (PH. MANNE VILLE) 

PS : Correction

Suite à une erreur de transcription : lire dans le chapitre Chirurgie maxillo-faciale, ALBERIC PONT (1870-1960) dentiste et créateur d’un centre de chirurgie maxillo-faciale à Lyon en 1914.

C’est l’occasion de compléter également ce chapitre par quelques notions. La chirurgie de guerre depuis l’antiquité n’avait guère fait de progrès, on utilisait une méthode hindoue avec lambeau frontal pour pallier la mutilation du nez (représentation symbolique d’une face). Jusqu’aux batailles Napoléoniennes, aucun progrès n’avait été réalisé, puisque les grands blessés du visage étaient souvent achevés (compassionnellement) sur le champ de bataille même. En 14-18, les blessés étaient transportés vers les hôpitaux d’évacuation situés à 10 km du front. En raison du risque d’asphyxie par le délabrement des tissus de la face, on doit au médecin chef KAZADJIAN, l’utilisation en 1916 de la position latérale ou demi assise, pour éviter ce risque. Ce médecin dentiste US fut, à son retour aux USA, l’initiateur d’une prestigieuse école de chirurgie faciale. Les pionniers de cette chirurgie moderne (utilisant les ostéosynthèses au fil d’acier, microplaques métalliques et lambeaux microanastomosés) ont pour nom, PONT DUFOURMONTEL MORESTIN IMBERT DELAGENIERE.

On peut voir à quel point cette chirurgie de guerre contribua aux progrès de cette discipline.

Fin des épisodes sur la grande guerre.

A bientôt

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