Le 24 novembre dernier se tenait le traditionnel Quoi de Neuf en Pédiatrie, organisé comme chaque année par le Dr Pascale LE ROUX, en partenariat avec l’ AHFMC, le Dr Rosalen a accepté pour les lecteurs du Stétho de nous faire un résumé de sa présentation

L’allergie à l’arachide est en augmentation chez l’enfant, responsable de réactions allergiques sévères fréquentes et d’un impact notable sur la qualité de vie de l’enfant allergique et de ses parents. C’est une allergie qui guérit rarement (15% chez le jeune enfant de moins de 5 ans).

Après un diagnostic allergologique précis confrontant histoire clinique et tests de sensibilisations (Prick tests, IgE spécifiques, recombinants…), la prise en charge classique de l’allergie alimentaire consiste en une éviction stricte de l’aliment, le port d’une trousse d’urgence et une éducation thérapeutique (lecture des étiquettes, utilisation du stylo injectable d’adrénaline le cas échéant).

Actuellement, une immunothérapie orale à l’arachide peut être proposée aux enfants qui ne guérissent pas de leur allergie et subissent des accidents alimentaires malgré l’éviction.

L’objectif de l’immunothérapie orale à l’arachide n’est pas la guérison (atteinte pour une très faible proportion d’enfants) mais l’acquisition d’une tolérance, c’est-à-dire l’augmentation de la dose réactogène chez un patient qui consomme régulièrement l’aliment. Ceci pour limiter les réactions allergiques graves par exposition accidentelle et diversifier l’alimentation de l’enfant.

La décision de mise en route d’une immunothérapie doit être partagée entre le médecin expert allergologue, l’enfant et sa famille, en fonction du diagnostic précis de l’allergie, des comorbidités, de la balance bénéfices-risques, des attentes, du mode de vie et de l’adhésion de la famille.

Les protocoles d’immunothérapie orale à l’arachide varient selon les centres hospitaliers mais sont encadrés par des recommandations de l’European Academy of Allergy and Clinical Immunology. La phase de rush en hôpital de jour consiste en l’ingestion de petites doses croissantes d’arachide. Elle est suivie d’une phase d’escalade de consommation quotidienne d’arachide par paliers de 1 à 4 semaines adaptés en fonction de la tolérance de chaque patient, jusqu’à obtenir une dose de maintenance fixée à l’avance à consommer tous les jours au domicile pendant plusieurs années voire pour toute la vie. Des aliments industriels de consommation courante sont habituellement utilisés : Curly, M&M’s…

On attend en début d’année 2023 l’Autorisation de Mise sur le Marché du Palforzia, poudre d’arachide allégée en graisses, dont la montée de dose devra se faire à l’hôpital toutes les 2 semaines pendant 6 mois jusqu’à une dose de maintenance quotidienne de 300 mg. Les données d’efficacité à 2 ans montrent une tolérance de 1000 mg de poudre d’arachide chez 96% des patients en phase de maintenance. Les effets indésirables sont fréquents, le plus souvent légers à modérés (douleurs abdominales, prurit, urticaire, vomissements…) mais parfois sévères (15% de réactions anaphylactiques, quelques cas d’oesophagite à éosinophiles), nécessitant un certain nombre de précautions à respecter par l’enfant et sa famille (prise à heure fixe, au cours du repas, puis limiter les activités sportives et décaler l’heure du coucher). Ce protocole, issu des études AIMMUNE pourrait limiter la lassitude des familles et la proportion de perdus de vue en atteignant plus rapidement la dose de maintenance.

Il reste encore à identifier d’éventuels biomarqueurs pour mieux distinguer les patients « bons répondeurs » des patients « à risque » afin de proposer une médecine personnalisée et étendre la co-prescription de biothérapies selon le profil allergique de chaque patient.

Pour terminer, il est essentiel de rappeler que la prévention primaire de l’allergie alimentaire passe par l’introduction large et précoce de tous les aliments entre 4 et 6 mois, sans distinction selon le potentiel allergisant des aliments (même l’arachide ou les fruits à coque) ou le terrain atopique des nourrissons. En effet, la voie cutanée est allergisante tandis que la voie digestive est tolérigène. En pratique, des recommandations pour guider les médecins et les parents sont disponibles via la Société Française de Pédiatrie ou les fiches d’Allergodiet réalisées par des diététiciennes spécialisées en allergologie.

Dr E. ROSALEN, Pneumopédiatre GHH


Retrouver la présentation de cette intervention sur le site de l’AHFMC

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