Chers lecteurs,

Les vacances sont en vue ; temps pour le repos, pour retrouver la famille et amis, pour reprendre son souffle et ses esprits après une année de travail.

Pour notre feuilleton historique, ce sera aussi la pause.

Notre « décor » est maintenant planté, les repères géographiques et historiques bien connus de vous.

Le HAVRE DE GRACE, (dont la fondation est décrétée le 7 février 1517 par François 1er, géant de près de 2 mètres à l’âge de 20 ans, qui a succédé à son cousin Louis XII), va émerger et se développer dans l’estuaire sous forme d’un port et d’une ville passant de 600 habitants en 1524 à 10 275 en 1601. Nous avons évoqué précédemment (cf. Stétho 8) quels avaient été les enjeux économiques et militaires pour la France face à la montée en puissance de l’empereur CHARLES QUINT. Dans le monde occidental, la fin du XVème siècle marque la fin du MOYEN-AGE et l’avènement de la RENAISSANCE.

Deux événements illustrent ce passage ; après 1450, le développement de l’imprimerie ; en 1492, la découverte de l’AMERIQUE par CHRISTOPHE COLOMB, ouvrant de nouveaux horizons et nombre de conquêtes territoriales.

Sur le plan spirituel, la foi religieuse médiévale est confrontée à la quête de plaisirs et de luxe de la période de la Renaissance, et de culture venue d’Italie. En effet, un souffle d’optimisme apparaît, préparé par les humanistes italiens de la fin du XVème siècle, en vogue en France.

Ainsi, pouvait-on lire que, « les merveilles de l’esprit sont plus grandes que celles du ciel ». Artistes et philosophes sont emportés par une dynamique créative, même si cette fièvre de création fut tempérée par la pensée luthérienne plus austère et la nouvelle religion protestante qui se développe, favorisée par l’édition à grand tirage de la BIBLE, jusque-là rédigée en latin.

Sur le plan militaire, l’« ART DE LA GUERRE » bénéficie de la banalisation des armes à feu individuelles modifiant les pathologies sur les champs de bataille.

Dans l’ESTUAIRE, les deux ports traditionnels HARFLEUR et HONFLEUR ne peuvent faire face à l’augmentation de tonnage des bateaux. L’envasement d’HARFLEUR exige de trop importants travaux pour assurer le développement du commerce maritime et la protection des navires.

Sur le plan médical et sanitaire qui nous intéresse, l’histoire des soins médicaux de cette rubrique doit être recadrée dans le contexte de cette période.

Evidemment, soigner et apporter une aide supposée efficace face à la souffrance de son « prochain » a été une mission noble à toute époque de l’humanité. L’histoire de la souffrance humaine et des remèdes que les hommes ont voulu y opposer montre que la médecine était, avant tout, compassionnelle et animée d’un sentiment de charité, guide moral de la religion judéo-chrétienne dans ce domaine. Au MOYEN-AGE, la charité chrétienne conduit à une assistance hospitalière où la notion de souffrance rédemptrice est dominante. L’hospitalité est du domaine du sacré et donc monopole du monde religieux.

A la RENAISSANCE, où la misère constitue un problème de société, la gestion des soins, tend à passer aux mains du pouvoir royal.

En 1522, on relate qu’un enfant trouvé est recueilli et conduit à l’hospice de MONTIVILLIERS faute de possibilité au HAVRE DE GRACE, nouvellement fondé.

Bien plus tôt, un autre épisode historique doit être mentionné. Au XIVème siècle, époque de prospérité des villages de LEURE (avant-port d’HARFLEUR) et de CHEF DE CAUX, le pouvoir royal avait choisi ces deux abris pour équiper et armer environ 45 vaisseaux de guerre pour une expédition en ANGLETERRE (avec une flottille de 202 navires comportant nefs, galères et barges, emmenant des milliers de marins et soldats). D’autres ports avaient également armé cette grande expédition. Cette flotte fut détruite en juin 1340 à la BATAILLE DE L’ECLUSE (près de BRUGES). Les blessés et survivants rentreront à pied au cours de l’année suivante, depuis les FLANDRES, et seront pris en charge en raison de leur incapacité à retravailler.

Philippe VI ouvre un hospice militaire à LEURE pour y recueillir les infirmes. Ce seront les premiers invalides de la marine et le premier établissement de santé avant la fondation du Havre.

Enfin, citons en 1541, la présence d’un médecin pensionné, le SIEUR NICOLAS DANY, exerçant au Havre, sur un territoire regroupant HARLFEUR, LEURE, CHEF DE CAUX et LE HAVRE DE GRACE.

Dans les futures rubriques, nous nous intéresserons aux concepts et acquisitions de la médecine au cours des siècles, aux traitements « officiels », mais aussi aux remèdes archaïques, traditionnels et souvent dangereux, en tout cas, très curieux pour certains, mettant en évidence l’imagination féconde de l’esprit humain dans le domaine des thérapeutiques.  Nous découvrirons aussi la pharmacopée quelquefois originale pour soigner plaies, infections et maux en tout genre.  Enfin, on ne pourra oublier, en matière de découvertes et enseignement de la médecine, les conflits et luttes qui opposaient la tradition et parfois l’irrationnel, à la réflexion d’illustres précurseurs qui firent avancer médecine et chirurgie.

Bonnes vacances à tous. A bientôt.

Dr Michel LEBRETON

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