LES PATHOLOGIES DE LA GRANDE GUERRE

PATHOLOGIES PSYCHIATRIQUES

Le chaos et l’horreur des tranchées 

Dans les conditions effroyables de ces combats de la guerre de 14-18, apparaissent des PATHOLOGIES PSYCHIATRIQUES fréquemment retrouvées au sein des troupes.

Les conditions de vie, la lassitude, les troubles du sommeil, l’angoisse de la montée à l’assaut, du pilonnage, achevaient de déstabiliser ces jeunes hommes.

Les troubles regroupaient des manifestations spectaculaires.

  1. Prostration – Attitude hypertonique prolongée des soldats dans leur tranchée appelées « PLICATURES VERTEBRAUX »
  2. « OBUSITE » comportant hébétement, stupeur prolongée, tremblements, vomissements.
  3. CHOREE rythmique et violentes contractures.

La réponse de la hiérarchie fut surtout la détection, en priorité, des troubles simulés et la crainte d’une « contagion » dans les troupes du front.

Le PITHIATISME fut classé en

  • « simulation inconsciente »
  • « simulation de création »
  • « simulation de fixation »

Outre la menace de renvoi rapide au combat, les médecins militaires proposaient, face aux situations irréductibles, des traitements de « contre-suggestion » – traitement avec des cages de FARADAY- carcans redresseurs pour les « plicatures ».

La SOCIÉTÉ de NEUROLOGIE proposera plus tard, que les soldats présentant ces troubles et toujours suspects de simulation, soient affectés dans des services spéciaux avec discipline sévère (mais sans renvoi au front).

En 1918, le Dr Paul VOIVENEL (1880-1975, neuropsychiatre) demanda des expertises psychiatriques pour ces troubles et plaida à décharge pour ces soldats.

Ces névroses post traumatiques ne seront reconnues qu’en 1922 comme blessures de guerre avec invalidité.

Les nouvelles armes : Les GAZ 

EN 1915 – lors de la deuxième bataille d’YPRES (les 3 différentes batailles d’YPRES comptèrent plus de 250000 victimes, tués ou blessés) 150 tonnes de CHLORE sont lâchées à partir de cylindre d’acier et dispersées par le vent. Dénoncée comme violation des lois INTERNATIONALES, les allemands rétorquèrent que cette utilisation de gaz se faisait par « conteneurs » et non par « obus chimique » comme le stipulait les règlements (on jouait déjà sur les textes).

Ce sera, dès lors, une escalade à la recherche de nouvelles armes et systèmes de diffusion de ce type d’armes.

GAZ : Il en existe une gamme importante depuis les GAZ LACRYMOGENES jusqu’au PHOSGENE (dichlorure de méthanoyle, mortel) et évidemment le GAZ MOUTARDE (cytotoxique et vésicant) et la BERTHOLITE (chlore à l’état gazeux, très toxique et suffocant).

MOYENS de PROTECTION

  1. Initialement rudimentaires avec un chiffon mouillé d’urine (l’ammoniac diminuant la toxicité du chlore) ou de bicarbonate de soude.
  2. Puis divers types de masques à gaz (réglementaires à partir de 1916).

4 % des GAZES mourraient. Le pronostic était réservé jusqu’au 4ème jour, puis l’œdème pulmonaire pouvait se stabiliser au prix de lourdes séquelles (Abcès pulmonaires – bronchopneumopathies – foyers de gangrène – gêne fonctionnelles respiratoire associant asthme, emphysème, douleurs, toux chronique, bronchopathies récidivantes et insuffisance respiratoire).

Aucun traitement codifié n’était proposé – hormis celui contre l’œdème pulmonaire et oxygénothérapie – IPECA émétisant  pour évacuation gastrique.

ATTEINTES CUTANÉES

Mentionnons, enfin, les atteintes cutanées avec lésions phlycténulaires, hémorragiques, associées aux troubles pulmonaires et lésions oculaires.

La gravité des pathologies et des blessures, souvent fatales, est évidente, et le traitement de la douleur initiale ou pendant le long parcours de réhabilitation des blessés, fut un problème majeur à résoudre.

Nombre de soins bénéficièrent des progrès de l’anesthésie et de l’analgésie.

ANESTHÉSIE

Étaient utilisés :

  1. ÉTHER (depuis 1847 en FRANCE)
  2. CHLORURE d’ETHYLE (risque cardiaque)
  3. CHLOROFORME (mais risque de syncope mortelle connu depuis 1848)

On est loin du « suc de PAVOT », du « CHANVRE » ou de la « MANDRAGORE » ; ou de l’ALCOOL et de l’OPIUM au 16ème siècle à l’époque d’AMBROISE PARE sur les champs de bataille ; ou de la glace utilisée par D.LARREY lors de la retraite de RUSSIE.

Les progrès, venus des USA (WELLS- MORTON) avec l’ETHER en dentisterie et avec le PROTOXYDE d’AZOTE (à partir de 1917 comme anesthésique rapide et d’utilisation plus simple et proposé par le service de Santé US), apportèrent énormément pour la réalisation des actes chirurgicaux.

Les anesthésiques locaux (NOVOCAINE et STOVAINE), la rachianesthésie complétaient l’arsenal face à la douleur, aux soins des membres fracturés, mutilés et aux brûlés.

L’appareillage d’anesthésie connut lui aussi des avancées avec

  1. l’appareil de CAMUS (pour anesthésie courte d’une ampoule de chlorure d’éthyle dans une chambre d’inhalation en substitution aux compresses imbibées sur la face)
  2. le MASQUE d’OMBREDANNE permettant un dosage de l’éther plus sûr.

 

Entrée d’un Navire-Hôpital anglais dans le port du Havre

TRANSFUSION

Un autre progrès fut celui de la TRANSFUSION.

En 1907, 4 groupes sanguins (I,II,III et IV) étaient identifiés devenant plus tard A,B, AB et O (le facteur Rhésus ne sera reconnu qu’en 1939).

En 1911, la transfusion se réalise de BRAS à BRAS, la coagulation du sang restait un obstacle important malgré les travaux (1913) du belge ALBERT HUSTIN (1822-1967) sur le citrate de soude qui rend le sang incoagulable, la transfusion de bras à bras fut encore préférée.

Au chapitre des progrès, on assiste, au cours de cette guerre, à la mise en place de la RADIOLOGIE qui fait une entrée magistrale dans le diagnostic médical.

La guerre 14/18 donne à MARIE CURIE, l’opportunité de mettre en application ses travaux sur la radioactivité au profit des soldats.

A force de persuasion, elle abandonne son laboratoire à l’Institut du Radium, pour aller parcourir les lignes de front et proposer l’utilisation de la radiologie naissante, grâce à des voitures radiologiques (les Petites CURIES).

Elle travaille près du front de la MARNE et l’Hôpital de campagne dont elle est chargée enregistre moins de décès – diagnostic radiologique des fractures, repérage des débris et éclats d’obus pour guider les chirurgiens qui découvrent, parfois incrédules et même réticents, l’intérêt de ces repérages.

Avec l’aide du Dr Claudius REGAUD (collaborateur persévérant et inventif qui travaille sur la radiothérapie anticancéreuse) et celle de sa fille IRÈNE (17 ans, brillante étudiante en sciences physiques), elle équipe de nombreux véhicules qui, de simples curiosités pour le public, deviennent une aide précieuse pour la médecine.

Cet engagement, peu connu de Marie CURIE qui avait perdu son mari, PIERRE CURIE en 1906, a permis grâce à ces dispositifs mobiles de sauver d’innombrables blessés et limiter les explorations mutilatrices excessives.

Au BILAN

  • 18 véhicules mobiles de radiologie
  • Plus de 200 postes fixes dans les hôpitaux et formation (pendant 6 mois à l’Institut du Radium) avec l’aide de sa fille, de 150 manipulatrices de Radiologie qui devaient s’initier au repérage stéréotaxique débutant.
  • Plus d’un million d’examens radiologiques sont réalisés pendant cette guerre.

Meilleurs vœux à tous et bonne lecture.

Michel Lebreton

 

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